La 35° Division d’Infanterie en ligne

La 3° DIM et la 3° DCR sont relevées par deux divisions : la 35° et la 6° DI car la nouvelle ligne de défense s’étend du Chesne à Oches et Beaumont en Argonne (Bois du Four). La partie Oches-Bois du Four défendue par la 6° DI a été exposée dans le secteur précédent (Mont Damion-Oches). La 35° Division d’Infanterie est chargée du secteur Le Chesne-Oches (exclu).

Difficultés d’acheminement

La 35° Division fait alors partie de la réserve du Grand Quartier Général. Elle est composée de 16 000 hommes dont 600 officiers et de 5 000 chevaux. Stationnée dans le secteur de Brumath, près de Strasbourg, elle reçoit l’ordre de se rendre dans le secteur de Lérouville, au Nord de Bar le Duc. 57 trains assurent le transport les 21 et 22 mai. Les premiers arrivés s’installent comme ils peuvent, sous une pluie fine qui détrempe champs et forêts, car la 2° Armée qui les reçoit n’assure aucun accueil. Le 23 mai, nouvelles instructions à la division qui doit maintenant se rendre au Sud de Sainte Ménehould (Passavant et environs). Les trains suivants sont déroutés ; les troupes débarquées à Lérouville doivent rejoindre de nuit par leurs propres moyens (60 km !). Et vers 16 h : nouvelle modification, il faut se rendre au NO de Buzancy (Germont-Authe) dans le but d’être aussitôt engagées. Les derniers trains sont déviés ; des camions assurent le transport d’un certain nombre d’unités. D’autres doivent rejoindre par la route. De ce fait, la 35° DI s’étire sur une centaine de km. L’artillerie légère, les pionniers, les équipages et leurs trains doivent venir par la route. La 6° Compagnie du 21° Régiment de Marche de Volontaires Étrangers (RMVE) et le Groupement de Santé Divisionnaire ont été « oubliés » à Nicey (au-dessus de Lérouville).
Hormis l’État-Major de la division, les officiers ne disposent d’aucune carte d’état-major et doivent chercher leur chemin, souvent à l’aide des cartes du calendrier des Postes récupérées dans les habitations.
Or il est prévu que la division soit en place le 24 mai au soir !
La position est provisoirement tenue par les derniers éléments de la 3° DIM*, de la 3° DCR*, de la 1° Brigade de Spahis et de la 1° Brigade de Cavalerie. L’artillerie de la 3° DIM et celle de la 3° DCR restent en place jusqu’au 7 juin : 42° RA, 242° RA, 319° RATT*, constituant une importante force de frappe.
La 35° DI est composée des 11° et 123° Régiments d’Infanterie, du 21° RMVE, des 14° et 214° Régiments d’Artillerie, du 29° Groupe de Reconnaissance et de Pionniers. Elle est commandée par le général DECHARME, un curieux personnage. Xénophobe et antisémite, proche de la Cagoule comme nombre d’officiers supérieurs en 1939-40, rapatrié de Königstein en 1941, il entre dans l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) en 1943 et accompagnera le général De Gaulle à la Libération de Paris. Son PC initialement prévu à Termes, cible de bombardements aériens, s’installe à Marcq. De nombreuses troupes d’armes variées vont et viennent dans ce village où on découvre « un important détachement d’infanterie anglaise, parfaitement équipé et muni de camions flambant neufs » qui finit par disparaître en direction de Sainte Ménehould. Le capitaine Latrille, responsable des Transmissions au PC de la 35° DI note dans ses carnets de route : « J’assiste au PC d’une division britannique à une réunion de notre État-Major…« . Que faisaient ces Anglais à cet endroit? De où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Mystère !
Des vagues de bombardiers ennemis survolent régulièrement le secteur se dirigeant vers nos arrières pour y remplir leur mission de destruction et de désorganisation de nos voies de communication. Des chasseurs les accompagnent souvent. Peu d’avions français interviennent. Une batterie motorisée de DCA arrive en juin (Lieutenant Dumas – 404° DCA*), un peu tard pour être vraiment utile, d’autant plus que la réserve de munitions est limitée sans pouvoir être approvisionnée…
Les relations entre le général DECHARME et le général FLAVIGNY (21° Corps d’Armée) installé à Senuc s’avèrent difficiles. Flavigny veut immédiatement engager une contre-attaque avec quatre bataillons des 11° et 123° RI, à peine arrivés, rompus de fatigue, ce que conteste le général Decharme qui en réfère au général HUNTZIGER, commandant la II° Armée installé au Sud de Verdun. Ce dernier se rend au PC du général BERTIN-BOUSSU à Belleville sur Bar, avec Flavigny et Decharme et, après un examen des lieux et des hommes, décide d’annuler le projet.
La division n’est finalement en place que le 26 mai,  mais sans son artillerie encore sur la route.

24 mai


Le 21° RMVE est affecté au secteur Le Chesne-Petites Armoises. Il est commandé par le colonel DEBUISSY et formé essentiellement de 2 800 antinazis et républicains espagnols de 49 nationalités différentes. Un tiers est formé de juifs ayant fui les nazis. Ils sont sous-équipés, mal habillés, avec de vieux fusils sans bretelle, sans canons antichars, sans mitrailleuses, sans voiturettes, mais avec une centaine de camions et camionnettes neufs. Plusieurs centaines de fantassins (800) n’ont pas de fusil ; 5 % ont un mousqueton, les autres des fusils de 1891 ou 1916. La réserve de nourriture individuelle est spartiate : 11 biscottes, une boite de sardines, une boite de « singe » (boites de 1916 à 1920 repeintes pour l’occasion).
Les troupes arrivent sur place à marche forcée alors que leurs homologues allemands sont amenés en camions très près du lieu d’engagement. Ajoutons que le soldat allemand est en tenue allégée, porteur de son fusil, d’une gourde et d’une musette, alors que le soldat français ressemble plus à un père Noël qu’à un fantassin : en capote, avec 35 kg sur le dos, sous un soleil ardent. Au bout de plusieurs heures de marche, tous sont épuisés. Aucun ne se soucie du matériel jonchant les fossés : sacs à dos, sacoches à munitions, boites de conserve, fusils, abandonnés par ceux qui sont passés avant eux.

Amené en camions par Sainte Ménehould et Grandpré, le 21° RMVE est débarqué à Beffu-Le Morthomme, au Nord de Grandpré.
A 21 h, le 1er Bataillon part à pied vers Briquenay et Boult aux Bois où il arrive le 25 à 4 h du matin. Après une courte pause, il doit poursuivre sur Belleville et Châtillon pour aller s’installer dans les Bois de Noirval. Au débouché de Belleville, en vue directe des observateurs allemands postés sur les collines à l’Ouest de Tannay, il est accueilli par des tirs d’artillerie et subit ses premières pertes (1 tué, 2 blessés). Il ne sera en place que vers 19 h.
Le II° Bataillon n’arrive que le 25 au Morthomme et attend la nuit pour prendre le même itinéraire, très encombré, et arriver le 26 au petit jour sur le canal des Ardennes, face au Chesne.
Dans la nuit du 23 au 24 mai, le III° Bataillon est amené au Morthomme en camions. Il stationne au Bois de Bourgogne et part le 24 au soir pour Chatillon et Les Petites Armoises où il arrive à l’aube du 25.


Le 11° régiment d’Infanterie commandé par le lieutenant-colonel Pamponneau est affecté au secteur Petites Armoises-extrémité Nord du Bois de Sy.
Le 123° Régiment d’Infanterie commandé par le colonel d’Olce est affecté au secteur allant du Bois de Sy à Oches.
Le 29° GRDI est stationné dans les bois du Morthomme et les Pionniers à Briquenay.

Les batteries du 319° RATT* (3°DCR) déclenchent des tirs sur le Nord de Tannay où sont rassemblées des troupes ennemies se préparant à attaquer les derniers éléments de la résistance française : 16° BCP – 93° GRDI*… Ces tirs vont se poursuivre sur la partie Nord du village et ses environs immédiats mais n’empêchent pas une avance qui atteint la cote 216 et même par endroits, la route Le Chesne-Grandes Armoises. Prises comme cibles par l’artillerie ennemie, ces batteries sont amenées à quitter leurs positions pour aller s’installer dans un bois marécageux, à 2 km Sud-Est de Châtillon. Ce repli se fait de nuit au prix de grandes difficultés entraînant des pertes de matériel.

Le I/123°RI prend position au Nord du Bois de Sy (vallon d’Ecogne) ; le II/123 prolonge jusque Oches (exclu). Le III/123 est en réserve au Fond Barré. L’ennemi a repéré cette montée en ligne de la relève et l’accueille par des tirs d’artillerie qui occasionnent quelques blessés.
Les arrivants sont étonnés de ne pas trouver de positions organisées. Ils ignorent qu’il s’agit d’une nouvelle ligne de résistance allant des Petites Armoises à Oches : aucune information n’est communiquée ce qui fait que chacun l’interprète à sa façon. La première tâche est donc de creuser des emplacements pour le poste de Premier Secours, des tranchées, des emplacements pour les armes lourdes. Le Poste de secours régimentaire est à la ferme du Fond Barré, de l’autre côté du cours marécageux du Bièvre : un parcours long, difficile, exposé et tout déplacement déclenche des tirs ennemis. Il faut donc faire le maximum au poste de Secours du Bataillon. Malgré leur fatigue, les hommes exécutent ces travaux.

25 mai

Parti du Morthomme durant la nuit du 24 au 25 pour Châtillon, le III/21°RMVE n’arrive sur place que le 25 en début de matinée.
Revenant du PC de la 3° DIM dans les bois de Belleville, le Capitaine Latrille les croise et note :
« Dès Boult dépassé, je comprends le « ça dérouille » de Bréham. Les obus pleuvent ; les départs aussi se succèdent et sur la route, deux mouvements : le montant, pauvres fantassins du 21° RMVE se mouvant péniblement pedibus. Le descendant, voitures chargées d’objets de toutes sortes. Dans les fossés gisent des véhicules, roues en l’air : voitures hippo, auto, chars… Je note tout ce qui peut m’intéresser et rentre sous le marmitage. Le 21° RMVE monte péniblement : peu de traînards… »
Ce III° Bataillon doit occuper la rive Est du canal des Ardennes : la 9° compagnie aux Petites Armoises, la 11° au coude du canal, la 10° en réserve en avant de la ferme de Bazancourt où se trouve le PC du Bataillon. Un observatoire est installé à la corne Nord du Bois de Willeux (Nord de Noirval-Ouest de Belleville). Cette arrivée tardive l’amène à gagner ses positions en plein jour, malgré les avertissements reçus. Or le terrain est assez dénudé, parsemé de quelques buissons. Les hommes sont donc vite repérés par les observateurs ennemis guidant l’artillerie et l’aviation ennemies pour les prendre pour cibles, faisant plusieurs tués et blessés.
Certains doivent enjamber par endroits des morts restés sur le terrain car une infiltration ennemie avait surpris une relève et l’avait décimée avant de se replier. C’est le baptême du feu et les troupes s’activent à conforter leurs positions de défense, utilisant au mieux celles de leurs prédécesseurs. Une section de la 10° Cie (section Pereira) est détachée au Moulin Neuf, au dessus du village des Petites Armoises vers Sy. La 9° compagnie encadre le village tenu par la 9° compagnie du 11° RI commandée par le Capitaine Roux.
Des artilleurs récupèrent le matériel sorti de route la veille, à la ferme Grimansart et aux Petites Armoises, transformé en village fortifié tant la pression ennemie s’est accentuée.
Dès que le III° Bataillon du 11° RI est parvenu à son but au Bois de Sy, il subit les tirs ennemis : le capitaine de Roaldes est tué par un éclat d’obus.
Ce fut une journée noire car ces fantassins qui arrivaient sur une nouvelle ligne de défense n’ont pas eu le temps de préparer leurs positions, de s’enterrer suffisamment, de se créer des zones de protection efficaces, ce qu’ils font au cours des nuits suivantes.
Au 123° RI, la 7° compagnie est arrivée le 24 au soir. Elle s’est installée mais dès que le jour se lève, le 25, elle est repérée et devient la cible des bombardements ennemis. Sur les pentes qui lui font face, elle voit soudain arriver des camions d’où jaillissent des centaines de fantassins ennemis passant aussitôt à l’attaque de la cote 253. Mais les hommes ont eu le temps de préparer les positions des armes lourdes qui bloquent la progression ennemie avec l’appui de l’artillerie. L’ennemi doit se replier en enregistrant de sérieuses pertes. Les dernières 24 h ont coûté 62 tués et blessés au 123° RI : 53 au 1°Bataillon et 9 au 2°!
A gauche, vers Le Chesne, l’ennemi tente à plusieurs reprises de traverser le canal mais il est repoussé à chaque tentative.
En réplique à ces attaques répétées, le III° Bataillon du 21° RMVE (commandant Poulain) reçoit l’ordre d’organiser une attaque afin de repousser l’ennemi jusqu’au Chesne. Franchissant le canal, la 11° compagnie, avec le capitaine comte Ravel et le sergent Gattegno, contraint l’ennemi à reculer de plus de 2 km, jusqu’au village du Chesne et à la route de Tannay. Ils participent à la destruction du pont du canal et occupent la moitié Sud-Est de la commune.
Ces  brutales attaques coûtent près de 400 tués et blessés à la division.
Des éléments du Groupement Gallini : 14° GRCA* et 8° Chasseurs à cheval, restés sur la ligne de front pour assurer la relève, se replient vers 22 h. Le retrait de la 3° DIM suit et s’achève de 23h30 à 0h30. Les derniers chars de la 3° DCR sont rassemblés dans les bois au Sud-Ouest de Boult aux Bois.
Les moyens en artillerie sont exceptionnellement abondants. La 35° DI dispose de ses deux régiments organiques (encore sur la route !) : 3 groupes du 14° RAD  du colonel ROYAL (36 canons de 75), deux groupes du 214° RALD du colonel THOUVENIN (24 canons de 155 court), une batterie antichar (8 canons de 47) et de deux artilleries divisionnaires entières, celle de la 3° DIM (42° et 242° RA) et celle de la 3° DCR, le 319° RATT* (10 groupes de 105 Tout Terrain).
Cette abondance permet de répartir les moyens entre chacun des trois régiments engagés tout en conservant des éléments en réserve (colonel Royal du 14° RA avec son État-Major) et d’assurer une réaction rapide et efficace à chaque demande d’appui.

26 mai

Le général Decharme décide d’établir son État-Major près de BRIQUENAY, en haut du massif boisé s’étendant au Sud du village, au-dessus de la route allant vers Grandpré, bien à l’abri des vues du mouchard.
Les pionniers construisent les installations nécessaires au logement et au fonctionnement des services : un vrai village provisoire sort du néant : alvéoles creusées dans la paroi rocheuse (gaize) avec portes, fenêtres et rayonnages, baraques en bois, tentes… La Brigade Gaillard stationne dans les bois voisins.
Le PC du 21° RMVE s’installe à la ferme de Saint Denis, entre Noirval et Le Chesne.


Une violente attaque ennemie s’engage entre le Bois de Sy et Oches, sur les positions du 123° RI qui résiste et, appuyé par l’artillerie, repousse à nouveau les assauts répétés, mais au prix de pertes importantes.
Le 21° RMVE poursuit et améliore ses positions défensives le long du canal : le II° Bataillon entre Le Chesne et le coude du canal, le III° du coude jusqu’aux Petites Armoises, dans une zone fort marécageuse ; le I° Bataillon (Commandant Mirabelle) est en réserve à la ferme de Bazancourt et au chemin des Mulets. Mais il est difficile d’échapper à la vigilance du mouchard, toujours présent, guidant les tirs de l’artillerie.
L’ennemi tente par tous les moyens de franchir le canal mais il est partout repoussé. Cette guérilla permanente entraîne un certain nombre de pertes qui s’accumulent : lieutenant Julien tué, – nombreux blessés dont le capitaine Sabadie (9° Cie).
Un combat aérien a lieu entre deux bombardiers ennemis et deux chasseurs français. Les deux avions ennemis, touchés, se posent en catastrophe dans le secteur de Authe. Le 29° GRDI* alerté se rend rapidement maître des quatre occupants qui tentaient de fuir. L’un d’eux est blessé. Ils venaient de Trèves pour bombarder Châlons sur Marne.

27 mai

L’artillerie rejoint enfin la division : le 14° RAD, les deux groupes du 214° RAD et la batterie antichars.

Aspirant Beille

Le 11° RI installe son PC à la Guinguette (Brieulles sur Bar), le 123° au Mont des Grues.
Les positions du 21° RMVE sont la cible de nombreux tirs d’artillerie, notamment au coude du canal, sur la 11° Compagnie, ce qui entraîne à nouveau des pertes significatives, en tués et blessés, certains grièvement comme l’aspirant Beille. Le service sanitaire est totalement débordé.
Un poste d’observation situé à l’angle Nord-Ouest de l’enceinte de Maison Rouge entend des grincements de chenilles de chars et alerte le PC à Noirval. Mais l’alerte est sans suite.
Des éléments ennemis progressent venant de Tannay vers Les Petites Armoises : ils occupent la carrière du Sud-Ouest et la cote 201 ainsi que les crêtes dominant le village. Leur progression est ralentie puis stoppée par les tirs croisés des positions françaises.
Le 123° RI (7° Compagnie) subit des tirs d’artillerie permanents et doit faire face chaque nuit à des patrouilles ennemies. Elle s’organise en conséquence : le jour, moitié du groupe se repose ; la nuit, un tiers pourvoit aux ravitaillements en munitions, matériel, vivres ; un tiers est chargé de l’amélioration des positions; un tiers patrouille ou surveille.

28 mai

Journée plus calme côté allemand : les troupes se mettent à creuser des tranchées sur les pentes faisant face aux Petites Armoises. Elles commencent même à les bétonner ! Les tirs de l’artillerie française ont vite fait de les freiner : l’activité de nombreux brancardiers montre que les tirs ont fait mouche. Mais l’avion mouchard allemand déclenche des tirs de 105 et de 150 sur nos positions.
Le général Delaissey, commandant de l’Infanterie Divisionnaire, vient en sidecar jusque la ferme de Bazancourt, accompagné d’un officier du Génie chargé d’observer la position de péniches amenées par l’ennemi à certains endroits du canal. Leur venue est vite repérée par le mouchard qui déclenche de violents tirs d’artillerie sur la ferme et ses environs, faisant 3 tués et plusieurs blessés.

29 mai

Un changement dans l’organisation : désormais, la 35° division forme avec la 36° DI, le Corps d’Armée Colonial (CAC) commandée par le général FREYDENBERG dont le QG s’installe à Senuc.
La zone de couverture du CAC est assez vaste, sans moyens de défense particuliers. Craignant des incursions d’engins blindés ennemis, le Quartier Général, inquiet de l’activité ennemie, fait établir des barricades en chicanes à Germont et à Briquenay avec du personnel du 18° Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique (18° BILA) et du 29° GRDI*.
Les groupes d’intervention chargés de l’entretien des lignes téléphoniques ont fort à faire : câbles hachés le long des routes par les tirs d’artillerie ennemis, remplacées par des lignes filaires à travers champs mais comme le bétail erre partout, apeuré par les tirs et les obus et souffrant du manque de traite, ces lignes sont constamment brisées, empêchant toute communication. Il est donc décidé de faire le vide : 800 bêtes sont rassemblées en quelques jours à Chevières et emmenées par wagons. De nombreuses vaches sont rassemblées dans des bâtiments agricoles et leur traite est organisée pour en tirer le lait utile aux différentes cuisines.
Les liaisons radio sont peu sûres car les PC sont trop éloignés, les antennes régulièrement détruites, le matériel peu performant.
Le 21° RMVE transfère son PC de la ferme Saint Denis au Bois de Noirval. La défense du village des Petites Armoises est retirée au 11° RI pour être confiée au II° Bataillon du 21° RMVE. La compagnie de Pionniers du 21° RMVE lui est retirée pour être réaffectée à l’Armée.

Le PC de la division quitte Marcq pour s’installer à La Noue le Coq, avec la prévôté, emplacement mieux camouflé, plus grand et plus agréable. Tous les services divisionnaires y trouvent place en bureaux et logements et la forêt offre aux véhicules d’immenses places de stationnement invisibles du ciel.
250 nouveaux fantassins arrivent de l’arrière afin de combler les pertes des 11° et 123° régiments.
Un incident survient à Sy qui prend des dimensions inattendues : des observateurs du 11° RI remarquent assez régulièrement à Sy de la fumée, des fenêtres ouvertes puis fermées, de la lumière la nuit. Préparation d’un coup de main par l’ennemi ? D’une attaque surprise ? L’information remonte du Bataillon au Régiment puis à la Division et au CAC. Ordre est donné d’organiser un coup de main sur le village. Après des tirs d’encagement et de barrage, le coup de main est exécuté. Toutes les maisons sont fouillées et la solution est finalement trouvée : il s’agit d’un homme assez curieux, légèrement blessé à la cuisse et à la main qui se cache le jour et fait la nuit sa cuisine à la lumière d’une bougie. Alerté par cette présence insolite et pour éviter toute infiltration de l’ennemi qui occupe Le Mont Dieu, il est décidé de faire occuper le village par une section du 11° RI qui y restera jusqu’au repli effectué dans la nuit du 10 au 11 juin.
Sur le canal, les relèves s’opèrent normalement, sans trop être inquiétées par les actions ennemies. La 2° Compagnie du II° Bataillon du 21° RMVE prend en charge Les Petites Armoises, les 1° et 3° étant postées dans les boqueteaux et la zone humide, entre le village et le canal.

30 mai


Vers midi, devant Les Petites Armoises, une patrouille ennemie qui s’infiltrait insidieusement dans nos lignes, est surprise et anéantie : des armes et des cartes, avec les positions des armes automatiques et des batteries allemandes, sont récupérées.

La « popote » du 21° RMVE a été installée à Boult aux Bois (11 km).
Cette distance rend aléatoire le transport de la nourriture : soit elle arrive froide, soit elle est renversée dans les fossés quand surviennent en cours de route les avions ou les tirs d’artillerie… Les fantassins restent souvent 48 heures sans rien recevoir. Il faut donc satisfaire sa faim et sa soif comme on peut : collecte d’oeufs, récupération de volailles ou de lapins, braconnage, visite des maisons… Mais il y a foule et on fait souvent chou blanc ! Cependant les anciens de la guerre d’Espagne sont rôdés à cette façon de survivre…
Certains jours, tout se passe bien : il suffit de réchauffer ce qui arrive…

31 mai

Le village des Petites Armoises étant continuellement sous la menace, il est décidé de poser des champs de mines. Une équipe est chargée de ce travail, la nuit, avec les lieutenants Imbach et Castaner ainsi que F. Darroussat. Mais une patrouille ennemie surprend un groupe de ces poseurs de mines et l’élimine : 5 morts.
Les tirs de l’artillerie ennemie se succèdent toute la journée sans pour autant empêcher les relèves prévues.

1, 2, 3 juin

Lassé des difficultés de liaison entre le PC divisionnaire et les unités, le Capitaine Latrille tente d’installer des liaisons optiques mais ses appareils ne sont pas assez puissants et la tentative est abandonnée.
Le III° Bataillon du 21° RMVE a été relevé par le I°. Il va s’installer au Bois de Willeux. Préoccupé par les infiltrations ennemies, il installe des postes de surveillance en lisière du bois. Le mouchard omniprésent observe tout mouvement et déclenche des tirs d’artillerie ciblés souvent meurtriers. L’aviation intervient par moments, mitraillant au hasard et lâchant des bombes là où des présences sont repérées. Plus ou moins surpris par ces tirs, plusieurs fantassins sont tués ou blessés.
Chaque soir, du 2 au 5 juin, les batteries françaises effectuent des tirs de harcèlement sur Tannay, le bord du canal et les abords de la forêt du Mont Dieu par où arrivent à l’ennemi ravitaillement et renforts : chaque pièce envoie 36 obus.

4 juin

Près du Chesne, les postes allemands utilisent des haut-parleurs qui diffusent musique et messages appelant à cesser le combat. L’opération ne dure toutefois pas longtemps car l’emplacement facilement repéré est vite la cible de tirs de mortiers qui font mouche.

5, 6 juin

Le 5 juin arrive en renfort le 18° BILA mais sans aucun moyens de liaison, de transmission, de défense.
Des réunions de formation sont organisées au niveau des officiers Z (chargés des gaz), consacrées à la lutte antichars par utilisation de bouteilles remplies d’un mélange incendiaire (plus tard appelées cocktails Molotov). Ces officiers sont chargés de diffuser cette pratique afin de la généraliser. Mais l’ordre de repli remettra tout en cause.
Au cours d’une visite aux PC des unités engagées, R. Dufourg, officier de l’État-Major divisionnaire, découvre une compagnie de chars anciens (des FT 18) camouflée dans une partie du bois du Mont des Grues où se trouve le PC du 123° RI. Ils disparaîtront le 7 ou 8 juin. C’est sans doute à partir de cette réserve que furent amenés les trois chars qui sont intervenus le 30 mai près de la ferme de la Polka en appui au 74° RI    de la 6° Division d’Infanterie voisine.
Le 6 juin au soir, l’artillerie intervient de 22 h à 23h30 pour appuyer une attaque du 11° RI.
Au 123° RI, le colonel BELASCAIN, commandant le régiment, malade et très fatigué, doit quitter son commandement, gagner le PC de la Division où est ordonné son transfert vers l’intérieur pour hospitalisation à Vienne le Château puis à Bayonne. Il décèdera début juillet. Le commandant d’Olce lui succède.
Des tirs sporadiques de l’artillerie ennemie et des rafales de mitrailleuses entretiennent une insécurité permanente.

Douille d’obus de 75 tiré par la 1° batterie du 24° RA installée à la Ferme de Saint Denis

7 juin

L’ennemi engage plusieurs attaques sur le secteur de Oches, toutes contenues et repoussées par le 123° RI. De nombreux bombardiers passent au-dessus du secteur, se dirigeant vers les arrières pour aller couper les carrefours, les voies ferrées, détruire les gares par où arrivent renforts et ravitaillement.
Les unités sont informées qu’une attaque d’envergure est attendue le lendemain matin : le GQG* rappelle l’ordre du jour : TENIR !
Hans Habe du 21° RMVE rencontre le soir le colonel Debuissy dans l’église de Noirval. En sortant, ils engagent la conversation et le colonel exprime sa colère d’avoir entendu le général Decharme déclarer : « Chaque étranger en moins, c’est une bouche de moins à nourrir pour la France ! » ; il ajoute à Habe : « Nous nous sommes bien battus, je suis fier de vous ! »

8 juin

Une batterie motorisée de DCA* arrive, commandée par le lieutenant Dumas (404° DCA*). Il s’agit de 6 canons de 25, très efficaces, mais avec une provision de munitions fort insuffisante.
L’observatoire situé à l’angle de Maison Rouge est toujours en place. Les tirs d’artillerie ont dégagé un espace de forêt de plus de 50 m où troncs et branches déchiquetés s’enchevêtrent. Les deux observateurs enregistrent à nouveau, pendant 3 heures, des bruits de chenilles, de moteurs de chars, des tirs de mitraillette. Ils voient clairement des chars arrêtés vers Le Chesne. Est-ce l’assaut ? Ils se terrent dans leur abri, retiennent leur souffle et observent. Quelques Allemands se fraient un passage dans le bois puis rebroussent chemin et disparaissent.
Un silence général règne à partir de 7 h. C’est le 1° Bataillon du commandant Mirabelle qui tient le secteur du Chesne. Ils apprendront que la 11° Compagnie du comte Ravel a subi de violentes attaques cette nuit, qu’elle a résisté mais au prix de lourdes pertes, en ayant toutefois fait 2 prisonniers.
Les deux observateurs remarquent sur la pente d’en face, vers le Nord, un Allemand déployant un grand drapeau à croix rouge. Les tirs cessent. Des hommes apparaissent porteurs de caisses, sans doute de pansements ? Ils ramassent leurs blessés, les évacuent puis ouvrent les caisses dont ils extraient une mitrailleuse rapidement mise en position ainsi qu’un téléphone dont se saisit un Allemand. Des positions creusées la veille apparaissent soudain, comme des champignons, des têtes munies d’un masque à gaz. C’est une supercherie destinée à installer une arme lourde automatique sur laquelle se heurteront les hommes du II° Bataillon ! Le PC est aussitôt alerté. Mais, aucune réaction ! C’est curieux… Arrivent peu après les membres d’une batterie d’artillerie voisine qui viennent leur dire au revoir. Alors ? Pas de tirs ? – Non, nous n’avons plus de munitions depuis deux jours !

9 juin

L’ennemi attaque sur l’ensemble du front.
Averties, nos unités opposent une farouche résistance et empêchent toute progression. Dès 4h30, de nombreux bombardiers prennent le secteur des Petites Armoises comme cible. Les vagues se succèdent de    5 mn en 5 mn, libérant leur charge de bombes. Le village est en flammes, la plupart des maisons détruites. Les divers dépôts de munitions entreposés dans les bâtiments explosent à intervalles réguliers. L’artillerie ennemie s’y ajoute pendant plus d’une heure, mêlant des obus fumigènes aux obus explosifs. C’est un véritable enfer ! Notre artillerie réplique par des tirs de contre-batterie.

Ces tirs s’arrêtent pour laisser place aux attaques surgissant à 30 m de nos positions mais le II° Bataillon du 21° RMVE les repousse toutes, tant sur le village que sur le Moulin Neuf. Le capitaine de Brem (5° compagnie) est tué. Le 21° RMVE compte ce jour-là 21 tués et 57 blessés.
Vers Oches, de 7 à 8 h, deux chars ennemis tentent de rompre la ligne de résistance du I/123°. L’un saute sur une mine, l’autre fait demi-tour. La 7° Compagnie du 123° RI résiste courageusement aux attaques mais elle compte 15 tués et 25 blessés. Un officier, le sous-lieutenant Humblot, blessé à deux reprises, refuse de se laisser évacuer ; il est finalement tué à son poste de combat par l’explosion d’une grenade.
Vers 11 h 15 de violents tirs d’artillerie précèdent une nouvelle attaque qui est rapidement bloquée par les feux croisés du 123° RI et du 36° qui défend Oches. L’ennemi se replie enregistrant de lourdes pertes. Une seconde attaque déferle à 14 h. Elle est clouée au sol de la même façon. En fin de soirée, des chars légers allemands apparaissent, rapidement détruits ou incendiés. Les rescapés font demi-tour. A la tombée de la nuit, un grand drapeau blanc à croix rouge est déployé par des émissaires ennemis qui demandent une trêve pour relever les morts et les blessés. Elle leur est accordée pour deux heures.

10 juin

Entre la pointe du Bois de Sy et Oches, dès 5 h 30, après un pilonnage d’artillerie, l’ennemi lance de nouvelles attaques qui sont aussitôt bloquées. Son artillerie et son aviation prennent pour cibles nos batteries, mais la résistance française est toujours aussi résolue et efficace. Vers 16 h, le calme revient.
A 13 h, le général Decharme est appelé au CAC à Senuc pour recevoir un ordre de repli car le front a été crevé à Château Porcien et les troupes ennemies filent vers Reims, Châlons et Vitry le François, risquant d’encercler les armées françaises du Nord-Est. Ce repli doit s’effectuer dans la nuit du lendemain. Il faut donc s’y préparer.
Le général Decharme convoque les chefs d’unités à son PC de Briquenay pour organiser le repli.  Cet ordre n’arrive au 123° RI qu’à la tombée de la nuit. Stupeur générale ! Après tant de travaux, de km de rouleaux de fil barbelé installés, 5 000 mines mises en place, une résistance efficace à toutes les attaques, tant de morts et de blessés ?? C’est désespérant !
A 23 h arrivent de nouvelles directives : le repli doit s’effectuer cette nuit même ! Des protestations fusent notamment du colonel Royal de l’artillerie : c’est beaucoup trop court ! Mais il faut obéir aux ordres…C’est alors l’affollement généralisé.
Le I° Bataillon du 21° RMVE décroche vers 22 h et se replie sur La Croix aux Bois. A 21h30, le III° Bataillon reçoit l’ordre de repli. Seule une « croûte » doit rester en première ligne. Départ à 22 h 30.
Les 11° et 123° RI commencent à se replier à 18 h. Le repli sera total à 0h35. Premier objectif : la vallée de l’Aire, au-delà de Grandpré.

A l’observatoire de Maison Rouge, c’est l’inquiétude : les lignes téléphoniques sont hachées menu : plus aucune liaison. La possibilité d’un ordre de repli avait été annoncée. Dans ce cas, il faut tout enterrer : codes, cahier d’enregistrement et sauver le matériel, ce qu’ils font. Ils enterrent aussi leurs plaques d’immatriculation car ils savent qu’ils sont recherchés et que leur vie est en jeu. La nuit tombe ; dans leur binoculaire, ils reconnaissent le I° Bataillon qui se replie, puis le II°! Les aurait-on oubliés ? L’un d’eux part à Noirval, au PC du régiment, pour en savoir plus. La marche est longue et il faut éviter tout repérage… A Noirval, tout est vide ! Retour de nuit à l’observatoire : ils ont bien été oubliés ! Il faut donc rejoindre le régiment ! A la boussole, ils se faufilent à travers bois, traversent des villages en feu, cherchent un peu de nourriture, marchent plusieurs jours (48 km !) avant de retrouver leurs compagnons dans les Bois d’Autry, toujours porteurs de la binoculaire pourtant bien lourde ! Le colonel qui les croyait tués ou prisonniers les félicite pour leur courage et leur ténacité.
Du PC de Briquenay, dès la nuit tombée, on voit arriver les différents groupes qui se replient, d’abord ceux qui n’étaient pas en première ligne : pionniers, santé, reconnaissance, puis arrivent les fantassins et les artilleurs. Mais un embouteillage monstre se forme à l’entrée et à la sortie du village : les barricades en chicane bloquent les flux, empêchent notamment les équipages des artilleurs de pouvoir passer avec leurs dix chevaux tirant les canons longue portée. Il faut vite faire démonter ces barrages et alors, le flux reprend. A l’aube, l’essentiel est passé. La dernière batterie du 214° RAD (16° batterie du capitaine Marraud) apparaît au soleil levant.
Un brouillard assez épais recouvre heureusement la campagne, empêchant l’intervention de l’aviation ennemie déjà présente car on l’entend tourner au-dessus du secteur.
Grâce à ce brouillard providentiel, l’ennemi ne découvre le repli qu’au milieu de l’après-midi.

11 juin


Une section du 21° RMVE, celle du lieutenant Duclos, est toujours en position de défense au village des Petites Armoises avec un canon de 25 servi par F Kammermeyer (hongrois) et M Renones (espagnol). Sortant de la brume, voici un avion à la cocarde tricolore qui les salue en battant des ailes. Arrive ensuite un camion semi-chenillé chargé de ramasser les derniers défenseurs : refus du lieutenant qui s’entête à respecter l’ordre initial de son colonel. Un officier plus avisé file jusqu’au PC de Brieulles afin d’obtenir un ordre de repli du colonel et, cette fois, le canon accroché, les hommes entassés dans l’habitacle, ils quittent Les Petites Armoises au petit matin, rattrapent leur groupe et gagnent La Croix aux Bois et la vallée de l’Aire par Le Morthomme, Grandpré et Senuc.
Le PC du CAC est transféré aux Islettes ; celui des 35° et 36° Divisions, à Senuc. A midi, le brouillard disparait et l’aviation ennemie en profite pour lâcher quelques bombes ici et là.

La 35° DI retraite en combattant sur trois axes :

  • à gauche, le groupement Debuissy : 21° RMVE + 1°groupe du 14° RAD,
  • au centre :
    • groupement Pamponneau : 11° RI + 3° groupe du 14° RAD
    • un autre groupement avec le Lieutenant Colonel Martyn suit le même itinéraire : 18° BILA + un groupe de la 35° DI + 214° RAD + Pionniers
  • à droite, le groupement d’Olce avec 123° RI + 2° groupe du 14° RAD + Bataillon antichar

Le 29° GRDI est partagé en 3 groupes affectés à chacun des axes de repli : capitaine de Carrère à gauche, capitaine Jeanjean au centre, capitaine de Lestrange à droite.

L’attaque allemande est générale : les Panzerdivision venant de Dunkerque sont revenues vers l’Aisne, vers le secteur de la 2° Division d’Infanterie, notamment devant Château Porcien. On retrouve le processus classique : tirs d’artillerie, puis attaques par l’infanterie pour créer une tête de pont permettant la construction de ponts provisoires pour le passage des Panzer. Toutes se heurtent à une farouche résistance et subissent des pertes considérables.
Cette percée de Guderian à Château Porcien le 10 juin permet aux Panzerdivision de filer sur Reims, Châlons puis Pontarlier et la frontière suisse. Cette manoeuvre encercle totalement les unités du Nord-Est. Toutes les divisions encerclées vont remonter le cours de la Meuse, combattant le jour et marchant la nuit, mais toujours rattrapées par l’ennemi transporté lui, en camions.
Elles vont reculer chaque jour, prises dans une nasse qui se referme rapidement et se termine par la capture de l’ensemble le 23 juin à Thuilley aux Groseilles (non loin de Nancy).

Stèle au 21° RMVE (Noirval)

La 35° DI aura perdu environ 400 hommes pendant son séjour au front. Les endroits les plus meurtriers auront été Les Petites Armoises, la ferme de Bazancourt, les abords du Bois du Chesne pour le 21° RMVE, le Bois de Sy pour le 11° RI, la cote 253 pour le 123° RI.
Le I° Bataillon du 123° RI compte 63 morts et blessés.
41 morts du 21° RMVE ont été enterrés à Noirval.

 

 

 

Le 12 juin, suite à la réunion de Briare, le général WEYGAND diffuse une instruction personnelle et secrète (NI 1444/3FT) imposant à l’ensemble des armées de rompre le combat et de se rassembler au centre de la France, sur une ligne Caen – Tours – Dijon. Cet ordre fut mal reçu par un certain nombre de généraux, parmi lesquels le général Prételat dont dépend le CAC : trop tardif, inapplicable par manque de moyens de transport et pour cause d’encerclement en cours. Il ne l’applique pas. Cette situation chaotique sert Weygand qui veut accélérer la signature d’un armistice qu’il souhaite depuis longtemps.


Abréviations :
3° DIM = 3° Division d’Infanterie Motorisée
GQG = Grand Quartier Général
3° DCR = 3° Division Cuirassée de Réserve
GRCA = Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée
DCA = Défense Contre Avions
GRDI = Groupe de Reconnaissance Divisionnaire
RATT = Régiment d’Artillerie Tout Terrain
RAD = Régiment d’Artillerie Divisionnaire

Sources :

  • Robert DUFOURG : La 35° Division dans la bataille
  • Robert DUFOURG : Brassard rouge Foudres d’or (1951)
  • Hans Habe : Ob Tausend fallen (été 1941 aux États Unis) en allemand et en anglais  (traductions en 24 langues  sauf en français : on peut s’interroger sur les raisons qui privent les Français d’un « témoignage de tout premier ordre…°) + traduction et recherches complémentaires d’André Blitte (Montréal)
  • Extraits du journal La Tramontane (amicale du 21° RMVE)
  • Képis blancs et vieilles ficelles : le 21° RMVE
  • André DUFILHO : Mon Lieutenant, un blessé vous demande (il était médecin au I/123° RI)
  • Robert LATREILLE : Journal de route (mai-juin 1940) dans Les Cahiers du Bazadais n° 141 (2° trimestre 2003)

=> Nous pensions avoir communication d’archives du 123° RI dont nous avons retrouvé la trace mais notre demande est restée sans suite. Nous le regrettons. 

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