14 au 18 mai : Le choc frontal

Rappel du contexte

En mai 1940, on sait depuis plus de sept mois (Pologne) quelle forme prendra la guerre : l’aviation et les chars interviendront en masse. Le Ministère de la Guerre a donc eu le temps de se préparer à affronter cette nouvelle forme de guerre. Le 10 mai, l’armée allemande passe à l’offensive. Alors que, se dirigeant vers la région de Sedan, les files de chars ennemis et de véhicules divers sont aussitôt repérées, photographiées, évaluées par notre aviation de reconnaissance, la 3° DIM et la 3° DCR stationnées dans la région de Sermaize les Bains et de Reims affrontent les bombardements aériens ennemis.
StonneB1BIS

Il faut attendre le 12 mai 18h pour que la 3° DCR soit oralement mise en alerte par le général Keller. Créée le 16 mars 1940, rassemblée début avril autour de Reims, cette dernière n’est pas prête à livrer combat : les tracteurs de ravitaillement et de dépannage des compagnies de B1bis ont été livrés à la 1° DCR, des chars également (3 du 41° BCC – 4 au 49° BCC). En conséquence, au lieu de 69 chars B1 bis, la 3° DCR n’en dispose plus que de 63 (2x 31 + 1 Cdt). Les joints des Naeder qui assurent la direction des B1bis sont inefficaces et laissent passer l’huile de ricin, (jusque 15 l par heure !) : tout cela pénalise fortement la rapidité de mise en oeuvre !..Rappelons aussi qu’il est impossible de verser l’essence d’un bidon directement dans les réservoirs : il faut passer par un tuyau et une pompe Japy. Cela explique qu’il faut CINQ heures pour faire le plein des chars d’un Bataillon !! Terrible handicap…
StonneH39Mourm

Les chars H 39 (Hotchkiss) livrés au 45° BCCGie sont équipés de patins de chenilles de mauvaise qualité : ils ont dû être remplacés par des patins de H 35 moins larges. Les moteurs ne sont pas rodés. Les freins sont défectueux entraînant de fréquentes interventions. Les démarreurs créent de nombreuses difficultés. Le blindage est insuffisant. Le canon 37 modèle 1939 qui les équipait a été cédé au 41° BCC en échange du 37 vieux modèle, insuffisant. Les chars ne disposent d’aucun poste radio.
La batterie antichars, la compagnie de génie n’existent pas ; Au 16° BCP, il manque 50 % de ses véhicules blindés de transport de troupe ; sa dotation en postes radio est très incomplète.

« En toute conscience, au début de mai, la 3° DCR n’est prête à aucun point de vue et surtout pas à participer à la bataille. On ne décide pas la création d’une division cuirassée le 6 avril pour l’engager le 12 mai. »(rapport de Malaguti commandant du 41° BCC)

La 3° DIM est mise en alerte le 10 mai, mais doit attendre le 12 mai 14h pour apprendre qu’au cours des deux prochaines nuits, elle doit être portée sur la ligne Stonne-Sommauthe par deux itinéraires. Mais les véhicules de transport arrivent très en retard et ne débarquent les premières troupes que le 13 en matinée et à quelque distance. Ces troupes doivent gagner leur zone à pied, souvent sous les bombes des Stuka qui sillonnent le ciel. Elles ne pourront ainsi prendre réellement position que vers 16h. (C’est le moment où les premières troupes allemandes traversent la Meuse à Sedan-Gaulier). L’autre moitié de la 3° DIM ne pourra rejoindre que le lendemain 14 mai.

L’ordre n° 50 de la II° armée (Huntziger) du 13 mai 17h définit la ligne de résistance de la division : canal des Ardennes/Mont du Cygne et donne les grandes lignes du rôle des autres unités.

Ajoutons que les liaisons sont précaires (radio interdite et souvent absente), DCA insuffisante en dotation et en efficacité, véhicules de transport insuffisants (la 3° DIM n’est pas motorisée !) Seule l’artillerie est dotée de matériel moderne en nombre suffisant.
Il apparaît que le Haut Commandement n’a pas utilisé les SEPT MOIS d’inaction pour préparer des unités dotées d’un matériel adapté à l’affrontement brutal qui allait se produire, en quelque endroit que ce soit.

Malgré ces conditions assez désastreuses, ces deux unités rempliront leur mission et tiendront tête à la 10° PzDiv et au régiment Grossdeutschland doté d’un armement ultra-moderne, ainsi qu’aux deux divisions qui leur succèderont. Les équipages sauront rassurer les fantassins, les entraîner et les protéger, ils sauront faire face à des ennuis mécaniques inattendus et ménager le fragile système Naeder qui permet de pointer le canon de 75. Tout cela malgré le peu d’entraînement sur ce matériel !

13 mai

3° DIM et 3° DCR poursuivent leur montée vers Stonne et le Mont Dieu.
Le II/91° RI attend les cars depuis la veille 22h30 jusqu’à 4h30. Ils démarrent finalement à 5h30, au lever du jour : retard de 6h…. Débarquement à Longwé à 13h. Le reste arrive par Monthois et Falaise. Repérage par le mouchard et interventions de l’aviation ennemie, particulièrement aux carrefours. Les mortiers de la CRME gagnent Tannay et le Bois du Mont Dieu.
StonneStuka
L’artillerie (42° et 242° RA) arrive par Buzancy, Oches, La Berlière, sous les Stuka qui mitraillent et bombardent, créant sur la route des entonnoirs qui ralentissent le trafic déjà difficile. Les premiers éléments se positionnent sur la hauteur ouest de Stonne et envoient des reconnaissances pour positionner au mieux les différentes batteries.

Le 67° RI suit deux itinéraires : Giffaumont-Saint Dizier-Grandpré-Verpel : arrivée vers 15 h et Bar le Duc-Clermont-Varennes-Briquenay : arrivée vers 13h.
Les chars suivent les itinéraires fixés :
– Le 41° BCC (chars B1bis) passe par Rethel et gagne le secteur de Tourteron, de même que le 42° BCC (chars H 39) venant de Bazancourt.
– Le 45° BCCGie (chars H 39) gagne le secteur de Vandy. Venant de Prunay, le 49° BCC (chars B1bis) atteint le secteur du Chesne par Mazagran et Vouziers. Le PC de la 3° DCR est installé à la ferme de Mélimé.

A 17h, ordre est transmis à la 3° DIM de se porter sur la ligne canal des Ardennes-Mont du Cygne. Le général BERTIN-BOUSSU se rend au PC du X° CA, à La Berlière, où il trouve le général GRANDSARD effondré, incapable de réagir.
Le 6° GRDI reçoit l’ordre de se porter sur la ligne La Cassine-Stonne-Mont Damion avec, en renfort, un escadron moto du 93° GRDI. Il devra assurer la liaison avec les 2° et 5° DLC. Le départ a lieu à 22h30, un groupe par Stonne-La Besace, un groupe par Tannay-Forêt du Mont Dieu. Le but est de « barrer la route à l’ennemi ».
Après une réunion de coordination des officiers du II/67° RI à 22h en mairie de Briquenay, la troupe est rassemblée et prend le chemin de Stonne.
Le II/91° RI part de Longwé à 22h30 et par La Croix, Boult, Belleville, Brieulles gagne le Mont Dieu.
Stonne subit un violent bombardement aérien : des maisons sont en feu, la route est jalonnée de cratères de bombes, des véhicules sont détruits.
Au cours de la nuit, le général HUNTZIGER, commandant la II° armée, transfère son PC de Senuc au fort de Landremont (sud de Verdun).

14 mai

StonneCarteGuderian

Le PC du XXI° Corps d’Armée (général FLAVIGNY) est installé à Senuc.
A 2h, le général BERTIN BOUSSU se rend à Senuc pour obtenir des véhicules de transport afin de hâter l’arrivée des troupes et l’organisation des positions. Hélas, pas de véhicule ! La 5° DLC envisagée est en pleine retraite, très diminuée, dispersée. Il faut venir à pied ! Une contre-attaque est prévue avec la 3° DCR, mais elle n’est pas encore en place et il faut cinq heures pour faire les pleins ! Sans parler des réglages et réparations.
A 6h, le 41° BCC est à La Sabotterie-Jonval. Au passage à Rethel, il s’est fait kidnapper un char (Rhin) par De Lattre (14° DI). A 12 h le Bataillon parvient au Chesne, Tannay et gagne le Bois du Mont Dieu. Le 16° BCP suit, prêt à intervenir.
Le I/67° RI a quitté Briquenay et par Germont, Brieulles, gagne le vallon de Sy à travers champs puis Les Grandes Armoises et Stonne.

Les artilleurs du 42° RA sont arrivés au Morthomme vers 3h du matin. Après une reconnaissance jusque Sy ponctuée d’attaques aériennes, le régiment vient prendre ses positions autour du village. La batterie de 105 de Jean-Pierre LEVIEUX s’installe sur la route de Oches
Pendant ce temps, le 7° BCL et le 213° RI tentent de s’opposer à la progression de la 1° PzDiv à Connage et Bulson, au prix de lourdes pertes car les chars légers ne font pas le poids face aux antichars et aux chars lourds allemands ; c’est une hécatombe !!
A Stonne, en bas de la côte en épingle à cheveux, le 6° GRDI a posté un canon de 25 au bord de la route, face au fossé antichar ; un groupe de fusiliers-moto est en place ainsi que 3 AMD. Une reconnaissance est envoyée sur Raucourt et Haraucourt ; elle revient sans avoir rencontré d’ennemi.
Vers 11h, le 6° GRDI posté de part et d’autre de la RN 77 repousse quelques blindés allemands avancés en reconnaissance.
StonneSoldats

Contact est pris avec l’ennemi dans le secteur d’Artaise où sont apparus des véhicules et des blindés ennemis. Un canon de 75 français en repli se présente au Vivier avec son caisson plein. Il est prié de se mettre en batterie ; Un observateur juché sur un toit lui donne les coordonnées des tirs qui font mouche sur les chars dans Artaise. Tous les obus étant tirés, il poursuit sa route vers Le Chesne.
Le mouchard ayant repéré les mouvements, des Stuka interviennent sur le Mont Dieu et sur Le Chesne qu’ils bombardent et incendient.
Des groupes de fantassins et quelques Spahis du peloton de Tertre qui se sont repliés de Chémery-Maisoncelle sur le Mont Dieu, ne peuvent traverser le canal pour regagner Vendresse. Ils sont obligés d’attendre la nuit et de passer par Le Chesne et Louvergny.
Quelques chars ennemis s’aventurent vers Le Bois du Mont Dieu et le Bois de Raucourt. Ils déclenchent aussitôt une réaction des automitrailleuses du 6° GRDI et de ses canons de 25 qui les obligent à faire demi-tour. Un avion français bombarde une file de camions de l’IRGD sur la route de Chémery à Artaise et atteint quelques véhicules qui brûlent.

Vers 16h, les premiers éléments du 67° RI arrivent à Stonne, ceux du 91° RI au Bois du Mont Dieu ; Le 45° BCCGie monte sur Stonne vers16h30, mais reçoit l’ordre de stopper devant le village. Ils sont assaillis par des Stukas qui mitraillent et lâchent quelques bombes au hasard. En début de soirée, ordre leur est donné de gagner le Gros Boul en défensive. Les premières batteries d’artillerie sont installées au Nord de Sy.

La 5° DLC reflue sur l’étang de Bairon et Le Chesne, ce qui découvre tout le flanc gauche de la 3° DIM et oblige à organiser en catastrophe la défense du canal des Ardennes et particulièrement des ponts toujours intacts.

Retrait de la 5°DLC

Retrait de la 5°DLC

Le 49° BCC est en place dans la forêt du Mont Dieu, de part et d’autre de la RN 77. Il découvre avec surprise l’existence d’un fossé antichar devant le massif boisé avec trois lieux de franchissement sur sa longueur et apprend que le passage de la RN 77 est miné. Personne n’avait été averti ! C’est à la fois une protection pour les Français mais aussi un obstacle en cas de démarrage d’une contre-attaque.
On attend impatiemment l’ordre d’attaque mais il ne vient pas. Le 41° BCC attend les ordres.
Le 45° BCC est au NE des Grandes Armoises et en lisière de Stonne en soutien du 67° RI.
A 17h, à Stonne, le 6° GRDI essuie des rafales venant de l’arrière et du haut des arbres faisant deux blessés et détruisant une moto.

Fossé anti-char

Fossé anti-char

Vers 18h, des éléments de l’IRGD tentent une avancée sur Le Vivier mais se heurtent au 6° GRDI qui les oblige à se replier. Le I/67° RI essuie des tirs dans Stonne sans savoir d’où ils viennent. Vers 20 h, Stonne est en feu, cible de tirs d’artillerie sans doute français. On entend soudain de grands cris venant des bois de la Grande Côte : c’est une troupe ennemie qui gravit la côte à travers bois et broussailles et tente de gagner Stonne. Elle est reçue par les tirs croisés des défenseurs, se replie, traverse la large bande de prairie du bas à vive allure et gagne les bois. Des groupes réapparaissent dès que les tirs se calment, mais aussitôt pris pour cibles, ils font rapidement demi-tour (groupes d’assaillants et éléments français en repli).

Des bruits de chars se font entendre venant d’Artaise. Des chars français sont dans Stonne ; De brefs duels s’engagent. Ordre est donné au 6° GRDI de se replier dans le village : troupe, automitrailleuse, canon de 25, véhicules de transport se regroupent dans Stonne. La Cie de chars présente redescend vers les Grandes Armoises pour faire les pleins. Un canon de 25 est posté sortie N et un sortie S. Quelques tirs surviennent tout au long de la nuit.

Vers 21 h les chars du 41° BCC sont dispersés : une Compagnie à Sauville, une à Louvergny, une au Chesne. Pendant la nuit, ils feront les pleins au SE de Bairon.
Au sud de Stonne, le 49° BCC est mis à disposition du 91° RI : 1ère Cie à la Tuilerie, 2° à la Chartreuse, 3° à la Grange au Mont.
A la tombée de la nuit, le clocher de Stonne est détruit par des tirs d’artillerie qui incendient l’église.

15 mai : RUÉE ENNEMIE pour ENLEVER LA POSITION

Créer l’insécurité
Au cours de la nuit, des coups de feu éclatent dans Stonne, l’équipe de ravitaillement en munitions du 6° GRDI essuie des tirs. Le I/67 remarque des ennemis juchés en haut des arbres pour mieux cibler leurs tirs. Ils les abattent vite fait. Des explosions retentissent dans le village suivies de combats isolés. Cela crée un climat d’insécurité. Mais, devant la riposte française, ces risque-tout se replient rapidement.

L’attaque
StonneCharDetruit
A l’aube, les chars du 8° PzRgt (10° PzDiv) montent à l’attaque de Stonne. Un canon de 25 dissimulé dans la partie est du village les accueille ainsi que les AMD du 6° GRDI. 3 chars sont incendiés et 4 mis hors service après la sortie du virage du Pain de Sucre mais d’autres parviennent à passer et avancent vers la sortie Sud, provoquant le repli de l’infanterie. Un des chars, découvrant la côte abrupte qui l’attend, fait demi-tour et revient en passant derrière les maisons pour déboucher sur le centre du village où il détruit l’AMD du sergent Haberer et mitraille la 3° compagnie du I/67 qu’il surprend de dos faisant de nombreux morts. Le Capitaine Poupart (6° GRDI) est mortellement blessé. Pour contrer l’avance des chars, des canons de 25 vont se poster en bordure de la route des Grandes Armoises et détruisent les véhicules et les chars ennemis qui apparaissent : deux blindés explosent, un 3° fait demi-tour.
L’infanterie ennemie suit et attaque (Grossdeutschland) ; les défenseurs se replient tout en organisant un point d’appui au Sud. Des renforts ennemis arrivent et accentuent la pression, obligeant nos troupes à se replier davantage sur le plateau.

Stonne est allemand.

La fuite devant les chars B1bis
StonneFantassins
Les 13 chars H 39 de la 1ère compagnie du 45° BCCGie montent à 5h20 au Gros Boul et filent vers Stonne, en soutien du I/67° RI. Ils refoulent l’ennemi jusqu’au village qu’ils ratissent ainsi que ses positions au Nord et au Sud. Ils finissent par revenir à leur position de départ au Gros Boul vers 7h30 (1 blessé – 3 disparus – 4 chars détruits).

Au matin de ce 15 mai, l’effectif de chars B1bis disponibles est de 41 sur 62 (63-1 resté à Rethel). Les 10 chars de la 3° Cie du 49° BCC (Lieutenant Caraveo), en attente dans les lacets des Grandes Armoises, sont lancés sur le plateau et sur Stonne. L’arrivée des mastodontes entraîne la fuite ou le camouflage des ennemis, à peine installés. Une section nettoie systématiquement le village à coups de 75 dans les restes des bâtiments et les caves, sous la protection des autres sections en surveillance.

A 8h, STONNE est français, mais les chars B1bis sont seuls.
Mission remplie, ils se replient derrière la crête Sud où ils demeurent à défilement, prêts à intervenir.
Peu à peu, les fantassins ennemis reviennent, reprennent position, sortent des ruines et des caves ; des armes antichars sont amenées et postées aux endroits névralgiques.

Vers 9h45 Stonne redevient allemand.

STONNE : Le château d'eau (base et sommet) domine le vallon et la pente par où arrivent les chars français.

STONNE : Le château d’eau (base et sommet) domine le vallon et la pente par où arrivent les chars français.


Averti de l’évolution de la situation, la section Caravéo réinvestit le village, mais se heurte maintenant aux tirs d’armes lourdes placées sur le château d’eau et aux endroits dominants. Plusieurs chars sont atteints : le HAUTVILLERS mis en feu au départ de la route de La Berlière, l’équipage fait prisonnier ; le GAILLAC est détruit, l’équipage tué ; Le CHINON est incendié, l’équipage pris pour cible : aucun n’en réchappe.

Vers 10h30, les chars B1bis reviennent dans le village avec une Cie de H 39 (45° BCCGie) et le I/67° RI renforcé de la 1° Cie du 51° RI. Les chars se positionnent d’abord en éventail autour de Stonne et effectuent des tirs au 75 sur tout ce qui peut servir d’abri.
Puis les H 39 passent devant pour sécuriser et permettre à l’infanterie de réinvestir les lieux. Mais l’artillerie ennemie intervient ainsi que l’aviation, ralentissant la progression des fantassins. Plusieurs chars français sont détruits dans les vergers Est. Les tirs semblent venir du Pain de Sucre que les H 39 de la section Chambert épaves de H 39
tentent de réduire.

L’inattendu

Espace battu par K. Koch

Espace battu par K. Koch


La venue inattendue du vétéran Karl KOCH en 1998 permettra à Michel Baudier d’avoir la réponse à cette hécatombe de chars dans les vergers Sud-Est du village.
Lors de la première attaque, ce tankiste avait échappé à la mort dans le Panzer IV déchenillé, encastré dans le talus droit. Presque en face, un autre char a aussi été touché et s’est échoué dans la haie, à gauche de la route à l’entrée du village. Un autre survivant en sort. Après un moment de panique au cours duquel leurs collègues s’enfuient, ils reviennent aux chars sous les balles qui sifflent au-dessus de leur tête et dégagent les corps de leurs collègues tués. Karl Koch constate que la tourelle du second char fonctionne encore. Il décide de s’en servir et va utiliser tous les obus disponibles, ainsi que ceux de l’autre Panzer amenés par son homologue, pour détruire les chars français qui, par chance pour lui, apparaissent un par un dans les vergers d’en face. Cela durera toute la matinée et, côté français, lors des attaques, personne ne pensera à vérifier l’intérieur des chars détruits… Après épuisement des munitions, ils partent à pied retrouver leur unité à Raucourt, à travers bois.
Mais Stonne est français.

La 1° Cie du 51° RI s’installe à la sortie Ouest de Stonne.

Chance et malchance
Le chef de la 3° section (Adjt Chef Jumel) inspecte les lieux et notamment la côte très abrupte qui descend sur le carrefour de la route d’Artaise. Il est accompagné de Falaise porteur d’un fusil-mitrailleur. Ils découvrent soudain dans ce carrefour en contrebas, trois officiers supérieurs allemands en cours de discussion. Casquettes dorées, large bande grenat sur la jambe des pantalons : ce sont des officiers supérieurs. Belle cible, mais pour se mettre en position de tir, Falaise doit changer de place. Cela suffit pour être repéré et les trois personnages s’enfuient derrière un bâtiment en bordure de route. Les tirs répétés du FM ne peuvent les atteindre. C’est raté ! Il prend alors pour cible des véhicules qui se replient de Stonne et en détruit plusieurs. Les trois personnages qui ont échappé au groupe Jumel devaient être Guderian, le général Schaal (X° PzDiv) et von Wietersheim (14° ID mot).

Un Stuka qui veut attaquer Stonne à basse altitude est abattu par un de nos chasseurs Curtiss.
Les H 39 de la 3° Cie du 45° BCCGie appuient une action du II/67 sur la route de La Besace. Ils subissent une attaque aérienne vers 11h15, puis des tirs de mitrailleuses et d’antichars que les H 39 découvrent et détruisent.
Mais les chars B1bis doivent se replier vers Les Grandes Armoises pour faire les pleins.
Vers midi, La section Chambert (45°BCCGie) se replie en se plaçant à défilement de tourelle sur la première crête du plateau, en protection de l’infanterie. Elle a perdu 2 chars, 3 sont indisponibles et un équipage a disparu.
L’infanterie allemande en profite pour reprendre position dans le village, rejetant nos fantassins sur les contrepentes du Champ Carré où ils sont pris sous le feu ennemi de la cote 333 dominante, ce qui les cloue au sol.

Stonne est allemand.

Faire les pleins : obligation d’allers et venues des B1bis français
A STONNE, à 13h, les chars B1bis remontent à l’attaque à vive allure : les fantassins ont du mal à suivre. Les chars nettoient Stonne mais, sur le plateau, l’infanterie est prise sous le feu de mitrailleuses placées sur le château d’eau faisant de nombreux tués et blessés. Un canon de 25 tire plusieurs obus sur le socle de l’édifice qui finit par plier. Les chars attaquent le village avec des obus de 47 explosifs et de 75 sur les endroits suspects. Deux tirs de 75 sur le château d’eau le font osciller ; un 3ème le fait plier avec les tireurs et les armes. Les Allemands évacuent le village. Les B1bis se retirent du village et se disposent en éventail derrière la crête sud en surveillance.

Ainsi, à 14h, Stonne est à nouveau français.

Mais l’infanterie n’est pas là et les Allemands reviennent peu à peu, principalement la 14° Cie du Grossdeutschland avec ses nombreux antichars. La manoeuvre ayant été repérée, une nouvelle attaque est lancée à 14h30 avec ces B1 bis, les H 39 du 45° BCCGie, le 1/67° RI, une Cie du 51° RI et une section de FCM (4° BCC). Au prix de combats acharnés, le village est réoccupé.
A 17h les chars B1 bis doivent redescendre aux Grandes Armoises pour faire les pleins.
L’infanterie allemande, de plus en plus nombreuse, en profite pour réoccuper le village. Le I/67° RI est contraint de se replier sur le plateau jusqu’au Gros Boul.

L’interminable attente des chars français

Intérieur d'un B1bis (pilotage et canon de 75)

Intérieur d’un B1bis (pilotage et canon de 75)


Les chars partiellement rassemblés en forêt du Mont Dieu attendent ; Tous attendent un ordre de contre-attaque avec impatience, incompréhension parfois colère. Ils ignorent que les Généraux BERTIN-BOUSSU (3° DIM), BROCARD (3° DCR) et FLAVIGNY (21° CA) se sont rencontrés à Senuc et ont finalement conclu que les conditions n’étaient pas remplies pour cette opération (ravitaillement problématique des chars – engagement à Stonne – infanterie pas encore totalement arrivée par manque de moyens de transport – repli inattendu de la 5° DLC découvrant la zone du canal…).Le lancement d’une contre-attaque est annulé vers 17 h 30 mais l’ordre ne parvient Intérieur d’un B1bis (pilotage et canon de 75) pas à temps à la 1° Cie du 49° BCC (Cne Aulois) qui part de La Raillère vers la RN 77, détruit des véhicules sur la route de La Neuville à Maire mais est l’objet de nombreux tirs d’antichars. 3 chars sont perdus dont le TAHURE et le PAUILLAC et 3 chars endommagés. Un raté qui coûte cher !

Vers 18h, à Stonne, l’ennemi déclenche une nouvelle attaque avec appui d’artillerie qui oblige le I/67° RI à se replier à 400 m de la lisière SO du village.
A 21h, Stonne est de nouveau allemand. Sur le plateau, des blessés sont récupérés et transportés même en brouette au poste de Secours des Grandes Armoises. En side-car, le 6° GRDI récupère le corps du Cne Poupart, tué le matin à Stonne.
Le calme revient.
Côté allemand, on est surpris de trouver une résistance aussi tenace et meurtrière …
A minuit, aux Petites Armoises, au PC de la 3° DCR, Malaguti, commandant du 41° BCC, prépare l’attaque du lendemain.
Stonne15MAI

SITUATION DANS LES AUTRES SECTEURS :

Secteur du CHESNE :
Le 41° BCC est dispersé :
– 2° Cie à Louvergny en appui à la 5° DLC
– 1° Cie : d’abord à Sauville puis à 12 h à la ferme de Remonté
– 3° Cie en réserve.
Un regroupement sera fait à 20 h sauf pour la 2° Cie.
Le 42° BCC est stationné au Bois d’Armageat sauf la 1° Cie qui doit accompagner la 1° Cie du 41° à la ferme de Remonté.

Secteur du MONT DAMION (II/67° RI) :
Le II/67° RI doit faire face à une violente attaque allemande venant du chemin Cendrières/route Stonne/Stenay et de la route La Besace/La Berlière. Le point d’appui établi au Nord des Cendrières dispose de mitrailleuses et de mortiers de 81, mais des renforts ennemis arrivent et inquiètent. Un premier assaut est contenu au prix de lourdes pertes, blessés et tués, dont le Lt Chantome. Un appel à renfort est finalement adressé au PC du Bataillon qui envoie trois chars R 35 dégager la position à 9 h. A 10 h, deux sections et une de Dragons Portés (2° DLC) venant de l’Est à travers bois arrivent en renfort. Mais de Stonne, les Allemands ont un excellent observatoire qui leur permet de diriger les tirs de leur artillerie. Il faut donc réorganiser la défense du vallon : un Point d’Appui très avancé aux Cendrières, un PA aux Peupliers, à 400 m Ouest du PC du Bataillon, vers La Berlière. Vers 20 h, une centaine d’égarés allemands sont récupérés, désarmés et faits prisonniers.

La journée a été rude de part et d’autre :
– Le III/42° RA (12 canons de 75) a tiré 8 000 obus !
– Le 51° RI compte 11 tués, 25 blessés et 8 disparus !
– La 14° Cie antichars de l’IRGD compte 12 tués dont son chef, 16 blessés, 12 véhicules et 6 canons détruits

16 mai : la reprise de STONNE

Avant l’aube, les B1bis des 1° et 2° Cies du 41° BCC font les pleins dans le Bois de Sy.

L’attaque :
A l’aube, débutent des tirs du 5° groupe du 242° d’artillerie posté autour de Sy sur Stonne et le Pain de Sucre ; ils vont durer 45 mn. Ces tirs s’allongent quand démarrent à 5h15 les 15 chars B1bis du 41° BCC en attente dans les lacets des Grandes Armoises. Malaguti est au centre, la 1° Cie de Billotte est à gauche et la 2° de Delepierre à droite. Les 13 chars H 39 de la 2° Cie du 45° BCCGie et le III/51° RI suivent. 5 groupes d’artillerie appuient cette attaque.
Sur le plateau, les B1bis mitraillent les positions de l’infanterie allemande et détruisent un char qui s’était avancé. Les H39 et l’infanterie du III/51° RI suivent à distance. Ils s’approchent de Stonne. Les rescapés du 1/67° RI accompagnent le II/51° RI en couvrant la gauche de l’attaque ; l’après-midi, ils renforceront le III/51° RI pour la reconquête du village.
StonnePlateau

Delepierre détruit le château d’eau au 75 pour éliminer les armes lourdes postées au-dessus et l’antichar au pied. Il contourne Stonne par le sud et charge les chars les plus à droite d’une reconnaissance vers La Besace. Pendant ce temps, Billotte poursuit droit devant lui, découvre l’à-pic de la côte et vire à droite pour l’éviter. Il passe ainsi derrière la ligne de bâtiments et réintègre le village dès le premier espace. Il coupe ainsi la route à Malaguti et se trouve face à deux colonnes de chars ennemis à l’arrêt de chaque côté de la route. Il ouvre le feu avec ses deux canons sur le premier et le dernier des chars puis sur l’ensemble pendant que Malaguti en fait autant sur l’autre file. 13 chars ennemis sont détruits, des Panzer III et IV.

Les H 39 du 45° BCCGie arrivent à Stonne suivis du III/51° RI. Malaguti sort du village vers le sud. Il est averti par Billotte que les bois de gauche sont remplis d’ennemis et d’armes variées. Delepierre repère un antichar qui endommage sérieusement son char, le SOMME. Il parvient à le détruire, mais le SOMME handicapé bascule dans un ravin et se retourne. L’équipage parvient à s’extraire, incendie le char et regagne l’arrière. Des chars de sa section, la plus à l’est, poursuivent leur chemin et constatent que La Besace est libre d’ennemis.

Pendant ce temps, les H 39 du 45° BCCGie sont entrés dans Stonne avec le III/51° RI qui investit systématiquement le village. Quelques mitrailleuses ennemies se manifestent mais, vite repérées, sont rapidement éliminées à coups de canon. Maison par maison, l’ennemi est pourchassé, éliminé ou mis en fuite.

A 7h, STONNE est français.
Son char ayant une panne de ventilateur, Malaguti se replie au sud de Stonne et transmet un ordre de repli à ses deux compagnies en leur demandant de se positionner 600 m au sud du village, de chaque côté de la route, prêts à intervenir en cas de besoin. Il avertit aussi l’arrière de ses besoins en carburant.

La réaction allemande
Vers 9h1/2, Stonne subit de violents tirs d’artillerie ennemis. Venant des Bois de la Grande Côte, des éléments ennemis tentent de pénétrer dans la partie sud du village. Mais ils provoquent l’intervention de deux chars B1bis restés en surveillance, font demi-tour et disparaissent vers les Huttes d’Ogny.
Vers 10h, la 1° Cie du 41° BCC (Billotte) neutralise les lisières des bois de la Grande Côte au NO de Stonne. Les chars H 39 du 45° BCCGie se replient sur Les Grandes Armoises pour faire les pleins. Apparaissent soudain des vagues de Stuka qui bombardent Stonne et mitraillent tout ce qui bouge pendant plus d’une demi-heure. L’artillerie ennemie s’en mêle, faisant du village un véritable enfer où les fantassins du III/51° RI se terrent dans leurs trous pour échapper à la mort. Cela dure jusque midi.
De Stonne, des observateurs du III/51° RI observent des files de véhicules allemands sur le chemin Maisoncelle-Artaise, ainsi que l’installation de batteries d’artillerie à Chémery et une concentration de chars au Fond des Raboutins. Ils demandent des tirs d’artillerie : la réaction est immédiate et l’effet remarquable.

Retour au calme
Vers midi, comme tout est calme sur le plateau, les équipages des chars du 41° BCC en réserve de renfort stationnent au Gros Boul et attendent les ordres.
Comme on craint à Stonne des contre-attaques ennemies, la 10° Cie du III/51° RI prend position au Sud-Est du village, à cheval sur la route de La Berlière, la 9° aux lisières Sud du village et la 11° face au Bois de la Grande Côte, à l’Ouest. Cette disposition les met à l’abri des tirs d’artillerie.

Nouvelle tentative, mais sans suite
L’ennemi a bien remarqué que les chars du 41° BCC se sont repliés au Gros Boul (pour y faire les pleins d’essence et de munitions) et l’infanterie en profite pour réoccuper le village.
Vers 13 h 30, le Commandant Daudré (III/51° RI) déclenche une contre-attaque pour reconquérir le plateau et le village. Vers 16 h, elle atteint les abords de Stonne.
Sur le plateau, la fin d’après-midi et la soirée sont calmes.
Alors que deux chars du 42° BCC patrouillent en lisière Nord du Mont Dieu vers 21 h 30, l’un d’eux saute sur une mine française.

Position des différentes unités

Position des différentes unités

Le 41° BCC fait le bilan de la journée : « un char disparu, le VERTUS. Plusieurs chars indisponibles, en panne ou avariés : le MEURSAULT au bois du Fay, le SOMME renversé et incendié, le TREPAIL au bois de Sy, le FLEURIE aux Petites Armoises. Qu’est-il arrivé au VERTUS ? Il a dévalé la pente du vallon de La Berlière et s’est arrêté contre un arbre ; une chenille endommagée est sommairement réparée et permet d’atteindre les Cendrières. Le service de réparations sera recherché dans Stonne, sans être trouvé… »

Au cours de la journée, la situation évolue un peu partout :
Les restes de la 5° Division Légère de Cavalerie se replient sans difficulté derrière l’Aisne sous la protection de la Cie Gasc (41° BCC) et découvrent d’un coup la rive gauche de la Bar et du canal des Ardennes.
– à Tannay, le II/91° RI (J Bouchez) stationné au-dessus du village, observe l’arrivée de nombreux véhicules ennemis derrière le canal qui déchargent des troupes. Des tirs de mitrailleuses et de mortiers les mettent en fuite. Ils détruisent également le pont du canal. L’ennemi réplique par des tirs de mitrailleuses puis par des tirs d’artillerie qui prennent Tannay pour cible et incendient des bâtiments.

– Au Bois de Sy, vers 9 heures, le 6° GRDI et le 12° GRCA subissent des attaques en piqué de Stuka. Une bombe atteint un véhicule chargé de munitions qui prend feu et explosera toute la journée. Pendant une heure les Stuka lâchent leurs bombes qui labourent les positions et enterrent parfois des combattants. On relève des tués et des blessés. Une deuxième vague survient, prenant toujours le bois de Sy comme cible, détruisant un certain nombre de véhicules. Une troisième sera moins meurtrière mais prendra Authe pour cible, là où est le PC de la 3° DIM. Le général Bertin-Boussu décide de transférer son PC en forêt de Belleville.

Les chars :
A 11h, le général Bertin-Boussu reçoit un message du général Huntziger, commandant la II° armée, relevant le général Brocard (3° Division Cuirassée de Réserve) – stupéfait de cette mesure – et l’avise de son remplacement par le colonel Buisson.
StonnePompeJapy
– Un certain nombre de chars sont toujours dispersés à des points sensibles :
– la 2° Cie du 41° BCC (Capitaine Gasc) est à Louvergny en appui de la 5° DLC
– la 2° Cie du 42° BCC (Lannefranque) est à Bairon
– la 3° Cie du 42° BCC (de La Hitte) est entre Bairon et le canal.
A 15 heures, le 41° BCC reçoit l’ordre de se rendre au NO des Grandes Armoises.
Le déplacement se fait sous un bombardement aérien à basse altitude. Après avoir complété leurs pleins – exercice à la pompe Japy, long et fatigant – le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Savigny sur Aisne, au sud de Vouziers. Il est mis à disposition du 18° CA à Dun sur Meuse. Dès que son engagement sur Stonne sera terminé, il devra se rendre à Dun, malgré la fatigue des équipages et le besoin d’entretien des chars… La 3° Cie (Gasc) à Louvergny devra rejoindre sans passer par Savigny. A 19 h, en route vers Savigny, il est pris pompe Japy sous un violent bombardement aérien au Bois de Sy. Brieulles est en flammes. Les chars peuvent faire les pleins au cimetière de Brieulles afin de gagner Savigny qu’ils atteindront le lendemain matin à 6 h.

Partant de Sauville, se déclenche une forte attaque d’infanterie ennemie, accompagnée de tirs d’artillerie : elle est bloquée par la section Duc de la 3° Cie du 42° BCC et subit de lourdes pertes. Mais l’ordre de repli derrière le canal survient avec pour mission la défense des ponts de Tannay et du Chesne.

Vers 14h, la forêt du Mont Dieu subit un violent bombardement d’artillerie précédant une attaque de chars sur le front des I et II/51° RI qui résistent et contraignent l’adversaire au repli. En fin de journée, l’attaque ennemie est définitivement brisée. Le repli se fait en désordre, laissant de nombreux morts et blessés sur le terrain.
StonneMontDieu
L’artillerie française se déchaîne sur La Raillère, le Vivier, Artaise, le bois Rouvroy. Des éléments ennemis parviennent à s’infiltrer dans le secteur des Huttes d’Ogny et du Bois de la Grande Côte.

La partie du canal des Ardennes située au NO de Tannay, entre le pont de Tannay et le pont d’Armageat est défendue par l’escadron Deniaux du 93° GRDI, l’escadron d’Harcourt et la section Duc du 42° BCC. Ils repoussent trois attaques allemandes.
Le 16° BCP stationné à Oches est appelé en renfort sur le canal. Mais le mouchard a repéré ces mouvements et les Stuka interviennent, interrompant les attaques en cours. Le bataillon forme deux groupes : l’un, avec le Cne Craplet et un groupe de canons de 25, est chargé de Pont Bar, l’autre, avec le Capitaine Tamalet et un groupe de 25, est chargé du Chesne.
Le groupe Craplet et ses antichars détruisent un certain nombre de blindés ennemis en avant-garde mais des Stuka interviennent et mitraillent nos positions. Des camions ennemis arrivent du Nord, chargés de troupes, et tentent d’approcher du canal : les canons de 25 et les mitrailleuses du 6° GRDI les accueillent et en détruisent un grand nombre, entraînant le repli rapide des survivants. A midi, l’attaque ennemie est totalement stoppée.

Vers 11h30, le groupe Tamalet arrive au Chesne qu’il a dû contourner pour éviter les tirs directs. Arrivent également la 2° Cie du 42° BCC et 3 chars B1bis de la section Valois à 18 h30. Deux chars ennemis sont détruits. Un char français est détruit par un char ennemi. A Montgon, les chars arrêtent une reconnaissance ennemie et détruisent un char.
Le pont du chemin de fer saute à 18 h et le pont routier à 18 h30 sous le nez des assaillants (il a fallu 2 tonnes de mélinite pour le seul pont du canal !). La partie sud du Chesne subit un violent bombardement qui met le village en feu. On se bat au milieu des flammes autour du canal.

Les chars de Lannefranque refoulent les chars ennemis par obus explosifs. Mais les munitions se font rares et finissent par s’épuiser mais, fort heureusement, l’ennemi finit par renoncer. Le 49° BCC au repos au bois de Sy envoie la section Valois en protection à Pont Bar et 4 chars au Chesne, deux en protection du pont du canal et deux en protection à Montgon.
La partie du canal située au NO de Tannay, entre le pont de Tannay et le pont d’Armageat est défendu par l’escadron Deniaux du 93° GRDI, l’escadron d’Harcourt et la section Duc du 42° BCC. Ils repoussent trois attaques allemandes.

Aux Cendrières, la 7° Cie du 67° RI est relativement au calme : quelques tirs d’artillerie, le bruit des combats à Stonne et la présence du mouchard qui observe en permanence.

Dans le secteur du Mont Damion et de la vallée de La Berlière, le II/67° RI doit faire face à d’importantes infiltrations ennemies. Des tireurs s’installent dans les arbres ; Comme la végétation est dense, il est difficile de distinguer assaillants et défenseurs. Des mitrailleuses ennemies postées sur les pentes Est de Stonne prennent le Point d’Appui avancé comme cible. Un appel à renfort au PC entraîne la venue de 3 chars R 35 postés aux Cendrières. Ils repoussent rapidement les assaillants et neutralisent les mitrailleuses qui se dévoilent. Un décrochage est enfin possible sur les Cendrières.
Le pont de Pont à Bar est détruit par le génie, ce qui libère les deux chars du groupe Valois et leur permet d’aller assurer la défense du pont d’Armageat, à l’Est de Sauville.

Bilan de la journée :

Côté français :
6° GRDI (à Belleville) 16 tués 34 blessés en deux jours
51° RI : 18 tués 77 blessés
Stonne, qui a été pris et repris, résiste
Les Cendrières : résistance efficace
Grande Côte-Étang Fourchu : résiste
Lisière Nord du Mont Dieu : intacte
Canal des Ardennes : tous les passages sous contrôle
Le Chesne : résiste
Le rôle de l’artillerie (42° 242° RA sur Stonne, 319° RA sur le canal)) reconnu efficace

Côté allemand :
Dans la nuit du 16 au 17, la X° PzDiv est rappelée par Guderian au delà de Montcornet. Elle est remplacée par des éléments de la 2° ID mot. L’IRGD est relevé : 128 morts 442 blessés soit 50 % de ses pertes au cours de la campagne de France. « Le nom de STONNE est gravé en lettres de sang sur notre drapeau » déclarait von Schwerin commandant l’IRGD. Il est remplacé progressivement par la 16° ID sur La Besace et la 24° ID sur Artaise.

17 mai : LA RELÈVE ALLEMANDE TENUE EN ÉCHEC

Durant la nuit, les 16° ID et 24° ID remplacent progressivement la X° PzDiv qui rejoint Guderian dans l’Aisne (Montcornet) et l’IRGD (Régiment Grossdeutschland) qui part au repos. La 16°ID est chargée du secteur Mont Damion/Stonne : le 64° IR sur Stonne et le secteur Ouest et le 79° IR sur le secteur Est de Stonne et le Mont Damion. La 24° ID s’installe face au Bois du Mont Dieu, côté Artaise et côté canal.
Vers 3 h du matin, côté français, des avertissements d’attaques sont transmis. Les attaques allemandes vont se succéder du Mont Damion aux Cendrières, à Stonne, au Bois de la Grande Côte, au Vivier, avec l’espoir fou de percer les défenses françaises :

Batteries ennemies près de la ferme d'Haymoy

Batteries ennemies près de la ferme d’Haymoy

Vers 4h, le 6° GRDI est mis à la disposition du groupe Gallini (14° GRCA) pour assurer la sécurité sur le canal.
Une heure durant, de violents tirs d’artillerie prennent la forêt du Mont Dieu et le 91° RI pour cible ; des obus incendiaires tombent sur Le Vivier. On observe l’arrivée de renforts ennemis.
A Stonne, le I/67° RI est sur la partie avant du plateau, en seconde position, derrière le III/51 qui occupe le village. Comme il est la cible de tirs d’artillerie et de mortiers, il creuse davantage ses trous de protection afin d’éviter les éclats. Les fantassins entendent devant eux le bruit de combats. Deux canons de 75 sont amenés en haut des lacets des Grandes Armoises et rapidement mis en batterie ; Ils tirent chacun une cinquantaine d’obus et se replient. Mais pendant que ces tirs français assourdissaient le secteur, des obus allemands tombaient et fauchaient les fantassins qui s’étaient aventurés hors de leur trou, faisant ainsi de nombreux blessés. Ces tirs ennemis deviennent de plus en plus violents, mêlant obus à balles, obus explosifs, obus de mortiers, l’aviation ajoutant mitraillages et bombardements jusque vers 9h.

Survient ensuite une attaque allemande sur Stonne conduite par la 16° ID qui engage six compagnies; Elle se heurte aux tirs des mitrailleuses du I/67 et finit par être repoussée vers 11h15. A l’issue de cette action, le bataillon du 67° RI est relevé. Un calme relatif règne jusque midi.
A 13 h, Stonne est la cible d’un violent bombardement d’artillerie ennemie suivi par une forte attaque du 64° IR débouchant des Bois de Raucourt.

Au Bois du Mont Dieu :
Vers 10h, un militaire ennemi suivi de 4 hommes sans armes s’approche et demande une trêve à la 3° Cie du 91° RI appuyée à la RN 77 : c’est un aumônier qui veut ramasser les plaques des tués et emmener les blessés. Entre 50 et 300 m en avant gisent en effet 80 cadavres et 20 à 25 blessés. Après vérification, l’accord est donné.
Devant la forêt du Mont Dieu, l’artillerie ennemie déclenche un violent tir de ratissage du fossé antichars aux lisières de la forêt. Puis des infiltrations ont lieu dans le secteur des Huttes d’Ogny, vers la cote 217. Les I et II/51° RI résistent. La 1° Cie bloque l’avance ennemie ; La 2° Cie (Capitaine Turian), un moment encerclée, contre-attaque et fait 16 prisonniers (7 étant tués par un tir allemand au cours de leur transfert).
Les chars H 39 d’une section du 45° BCCGie sont alertés et, guidés par un Lieutenant à moto, passent par la Grange au Mont et débouchent dans une clairière de l’Étang Fourchu. Ils surprennent une compagnie allemande en train de se restaurer. Favorisés par l’effet de surprise, ils la déciment en quelques instants : une centaine de tués et de blessés. Mais une cinquantaine parvient à s’échapper. Certains, grimpés dans les arbres, sont abattus peu après par les fantassins du I/51° RI. L’attaque allemande est définitivement interrompue dans ce secteur.

Vers 19h, des chars du groupe Lannefranque (2° Cie du 42° BCC) sont envoyés en lisière du Bois du Mont Dieu en appui au 91° RI.
La ligne de résistance Le Vivier-cote 296-chemin des Grandes Armoises est tenue jusqu’au soir.
A 10h30, le 41° BCC part pour Dun par Boult aux Bois, Buzancy, Bayonville, Bantheville car la grande route est réservée.

A Stonne
Quelques chars de la 1° Cie du 49° BCC parcourent Stonne et ses environs afin de surveiller tout retour ennemi. En fin de matinée, l’un d’eux, le RIQUEWIHR, traverse le village jusqu’à l’épingle du Pain de Sucre et, ne voyant personne, fait demi-tour.
Mais l’ennemi contourne le village par l’Est et l’Ouest et réoccupe le plateau. A 13 h 30, la 3° Cie du 49° BCC intervient en soutien du 51° RI et du 67° RI. L’attaque remonte le plateau en éliminant au passage les positions ennemies savamment dispersées et en réduisant les nids de mitrailleuses et d’antichars en lisière de Stonne et au Bois de la Grande Côte. L’ennemi se replie. Une seconde vague permet de finir le nettoyage du terrain. En fin d’opération, les chars reviennent à leur base de départ ; un seul est indemne.
StonneChar

Le RIQUEWIHR revient en début d’après-midi sur le secteur de la Grande Côte, éliminant un nid de mitrailleuses et en poursuivant des tireurs qui, après l’avoir pris pour cible, s’enfuient devant le char. Rattrapés par le blindé, les fantassins se couchent dans un fossé et font les morts. Sur sa lancée, le char poursuit sa course, une chenille dans le fossé, dans l’impossibilité d’en sortir. Quand il débouche dans Stonne quelques minutes plus tard, sa vision déclenche la fuite de nombreux combattants horrifiés : on parlera du « boucher » de Stonne.
Le 1/67 est en réserve au bois de Sy sauf la section de mitrailleurs restée à Stonne avec le III/51° RI.
Une section de B1bis de la 3° Cie du 49° BCC commandée par Caravéo (4 chars) reprend la manoeuvre de ratissage du plateau et demeure sur place, en appui. Dans Stonne, le III/51° RI se regroupe autour de la section de mitrailleuses mais une attaque allemande les repousse au delà des vergers.
Une forte attaque ennemie avec support d’artillerie et d’aviation survient. Les défenseurs doivent se replier sur la ligne d’arrêt au Gros Boul. Mais à 18h une contre-attaque est organisée à gauche de la route avec le III/51° RI renforcée par une Compagnie de Sénégalais et l’appui de trois chars : elle rétablit la situation.
Un groupe du II/64° IR (180 hommes) monte une nouvelle attaque en vue de conquérir la cote 336, point culminant à l’Ouest de Stonne. Repérés par les chars du 49° BCC restés en surveillance, elle est vite repoussée et doit se replier à vive allure pour échapper aux B1bis, en abandonnant trois antichars.
A 20h, la ligne d’arrêt de Stonne est tenue. C’est le retour au calme sur l’ensemble du plateau. Il se met à pleuvoir.
A la nuit, le groupe Caravéo (49° BCC) se replie dans les lacets des Grandes Armoises.
Tout le 67° RI est regroupé au Bois du Fay. Un observatoire est installé au sommet du Mont Damion.

Aux Cendrières, la 7° Cie du 67° RI subit, aussitôt midi, un déluge d’obus de mortiers. Après une accalmie de 20 mn, se déclenchent des tirs d’armes automatiques venant de la crête distante d’à peine 100m. Des Stuka mitraillent la position pendant 10 mn avant le déclenchement de tirs d’artillerie sur les positions avancées. Surviennent alors les fantassins qui se heurtent aux tirs denses des défenseurs. Bloquée à l’Ouest, l’attaque glisse vers le Nord-Est et la route. Les défenseurs réagissent alors à la grenade, ce qui cloue l’attaque sur place, avec de nombreux tués et blessés hurlant de douleur. Le Lieutenant Crambes appelle du renfort qui se concrétise par l’utilisation des toits des bâtiments par le groupe du sergent d’État : les FM et les fusils glissés sous les tuiles font mouche à tout coup, vu leur position dominante. L’effet est immédiat, l’attaque est enrayée.
Le Lieutenant Renaud a l’idée de crier « Kommt » (Venez !) : deux, puis dix et une soixantaine d’ennemis sortent des fourrés, les bras en l’air, sont faits prisonniers, désarmés et emmenés au PC du Bataillon. Cette attaque a fait 5 morts à la 7° Compagnie.
Le lendemain matin, le terrain sera exploré par des éléments de la 7° Cie du 67° RI. Ils compteront 20 tués proches les uns et des autres et parmi eux, un Capitaine avec sa sacoche contenant des plans des positions du 79° IR et de l’attaque programmée.

Secteur du Mont Damion : A 14h20, le II/79° IR (16° ID) reçoit l’ordre d’attaquer la crête boisée et la ferme des Cendrières, ce qui est rapidement entrepris. Progressant à découvert, les assaillants sont accueillis par des feux nourris, notamment d’armes d’automatiques, et par des tirs d’artillerie. Ils sont vite cloués au sol, en terrain marécageux. Les pertes sont nombreuses.
Une quarantaine d’avions allemands s’acharnent à basse altitude sur la vallée de la Berlière et les pentes du Mont Damion. La DCA française qui tente d’intervenir est sans effet. Cette attaque endommage beaucoup de positions du II/67° RI mais sans faire de victime.
Craignant d’être repéré par le mouchard, le char VERTUS du 41° BCC endommagé et provisoirement réparé, se replie lentement vers La Berlière. Bien avant le village, il se camoufle sous un gros arbre, prenant la route de La Besace en enfilade.

Vers midi se déclenche un violent tir d’artillerie sur les pentes du Mont Damion où s’installent les Sénégalais du 5° RICMS (6° DIC). Le char VERTUS formant une cible privilégiée et craignant toujours le mouchard, quitte sa position et se rend à La Berlière où il se positionne à l’entrée. Mais il voit soudain accourir des Sénégalais avec des blessés qui se hissent sur le blindé. Il poursuit alors sa route vers Oches, mais dans La Berlière, un officier récupère les Sénégalais indemnes pour les renvoyer au combat avant de laisser repartir le char, très lentement, vers Oches et Saint Pierremont.

Vers 15h, le II/79° IR bloqué aux Cendrières s’infiltre difficilement sur les pentes du Mont Damion. Il rencontre une défense bien organisée notamment avec des fusils mitrailleurs qui lui infligent de lourdes pertes. Des tirs nourris de l’artillerie française éclaircissent les rangs des assaillants et stoppent leur progression. Les rescapés se regroupent à l’Ouest des Cendrières et attendent le soir pour se replier sur La Besace.
Des renforts parviennent au II/67° RI permettant de réaliser la liaison avec le 3° RDP (2° DLC) à l’Est.

Vers 16h, au Mont Damion, des officiers du 5° RICMS viennent reconnaître les positions qui devront être occupées au Bois du Franclieu. Mais les tirailleurs qui les suivent tombent en pleine attaque et en plein bombardement du secteur, ce qui les affole et entraîne leur dispersion. Les officiers s’efforcent de les rassurer et de les regrouper à l’arrière. Tout cela engendre pas mal de confusion qui favorise des infiltrations ennemies jusqu’au sommet où elles sont repoussées par des tirs de FM et de mortiers.

Vers 17h, des chars du 45° BCCGie arrivent sur le Mont Damion afin d’aider à contenir le II/79°IR.
A 17h30, le III/79° IR relance l’attaque sur le Mont Damion mais se heurte aux positions françaises particulièrement bien placées et efficaces. De nombreux combats isolés ont lieu entraînant nombre de tués et de blessés appelant à l’aide.
Le 79° IR est finalement contraint de revenir à sa ligne de départ, à La Besace. Ses attaques se sont toutes soldées par des échecs. Il compte de nombreux tués et blessés.

L’ennemi tente partout de percer la résistance française, mais sans succès :
Dans le secteur du Chesne, les défenseurs subissent des interventions répétées de l’aviation allemande.
La partie sud du Chesne est en feu ; Le pont du canal a été détruit ; Le 16° BCP tient la rive gauche du canal avec un groupe du 6° GRDI. Un char allemand détruit est resté sur place. Des collines Nord, l’ennemi domine la situation et repère tout déplacement. Le 61° GRDI est en réserve en forêt, au sud-est du village. Les chars de la 2° Cie du 42° BCC sont en protection au Chesne et aux Petites Armoises.
En cette fin de journée, la 36° DI arrive et prend position sur le canal des Ardennes et l’Aisne, entre Attigny et Le Chesne inclus. Cela libère les défenseurs en place qui peuvent rejoindre et renforcer leurs unités.

Sur le canal, l’ennemi tente, par endroits, de regrouper des péniches afin de créer un passage. Vite repérée, cette manoeuvre est l’objet de tirs groupés ; l’ennemi doit se replier : c’est un échec.
StonneCanal
Le 6° GRDI prend position sur le canal après un déplacement difficile car un convoi d’artillerie a été la proie des Stuka, les attelages tués, les caissons en morceaux, des chevaux éventrés.
Au pont-station de Tannay, l’ennemi déclenche une violente attaque avec artillerie et armes automatiques. Cela entraîne un repli sur la Bar. Le GRCA se replie jusqu’au pont. Deux chars B1 bis (RIBEAUVILLÉ et MERCUREY) interviennent pour contenir la pression ennemie. Les assaillants subissent de lourdes pertes et doivent se replier derrière le canal. A coups de canon, les Pont actuel de TANNAY chars achèvent la destruction du pont mal détruit la veille. Ils restent en surveillance toute la nuit.
A 19h30, appuyé par trois chars B1bis du Lieutenant Valois, de la 1° Cie du 49° BCC, le chef d’escadron d’Harcourt avec le Capitaine de Meaux déclenchent une contre-attaque sur la Bar obligeant les Allemands à se replier. La section Valois stationne au pont de Tannay jusqu’à 15h. A 20 h 20, la Bar et le canal sont totalement dégagés.
A 21h, le 319° RATT effectue de nombreux tirs sur Sauville et les collines Ouest où des rassemblements de véhicules ont été observés.

En cette fin de journée, toutes les attaques ont été soit contenues, à Stonne et aux Huttes d’Ogny, soit écrasées comme aux Cendrières, au Mont Damion ou à La Raillère.
L’introduction des deux divisions fraîches, mais fourbues par le chemin parcouru à pied depuis l’Allemagne et engagées sans doute un peu vite dans la bataille, se solde en fin de journée par un échec général et des pertes très lourdes. Elles laissent une centaine de prisonniers entre les mains des Français dont 50 totalement indemnes. Ils appartiennent au 32° IR (24° ID), 64° IR (16° ID) et 46° IR.

Dans la nuit du 17 au 18, le colonel BUISSON, commandant la 3° DCR est appelé au QG du général Huntziger à Verdun. Ce dernier lui demande d’aller se positionner avec la 3° DCR au sud de Rethel car il craint le pire. L’ordre est exécuté dès son retour mais inutilement car à peine arrivé, il lui est signifié qu’il est inutile (!!) et il revient sur ses positions de départ.

18 mai : derniers sursauts avant la remise en cause

StonneCharPilote

Au Bois du Fays, on a entendu des bruits de moteurs toute la nuit du côté allemand, ce qui fait craindre l’arrivée de chars ennemis et suscite l’inquiétude. Mais la matinée est assez calme, ponctuée de temps en temps par des salves d’artillerie ou de mortier.
Une attaque a été préparée au cours de la nuit afin de reprendre les points dominants qui permettent à l’ennemi d’observer nos positions et nos mouvements : Champ Carré, NO de Stonne et le Pain de Sucre. Elle est ainsi prévue :
– à l’Est de Stonne, le II/91° RI . Objectif : le Pain de Sucre.
– à l’Ouest , le III/51° RI
– au Bois de la Grande Côte : le III/67° RI rejettera l’ennemi et reprendra ses positions initiales.
Attaque prévue à 11 h.
Mais le II/91° RI est à Tannay et il doit se déplacer de jour jusqu’aux Grandes Armoises, ce qui est risqué.

A 6h45, le 49° BCC -réduit à deux sections- est mis à la disposition du 67° RI pour engager une attaque sur Stonne avec un bataillon de Sénégalais et quatre sections du 45° BCCGie, appuyés par trois groupes d’artillerie. Mais les Sénégalais, perturbés par leur installation mouvementée se déclarent inaptes pour cet engagement. Ils sont remplacés par un bataillon du 91° RI. Ils n’auront pas l’appui attendu de l’artillerie malgré les protestations du commandant Malaguti. 5 chars B1bis du 49° et 6 chars H 39 du 45 pourront être engagés.
Une même action est prévue à gauche, avec la cavalerie et des chars H 39 sur le secteur de la Grange au Mont.

Vers 8h, le I/67° RI, très diminué, est remodelé en 2 compagnies et 2 sections de mitrailleuses. La 1ère compagnie et une section de mitrailleuses sont envoyées en renfort au III/51° RI au Bois du Mont Dieu. La 2° compagnie et la seconde section de mitrailleuses sont envoyées en renfort au III/67 également au Bois du Mont Dieu.
Le 51° RI subit à cet endroit de violents tirs d’artillerie ainsi que l’intervention de 18 avions ennemis.
A Stonne, la progression ennemie est limitée au village par les tirs des mitrailleuses. Des tirs d’artillerie font plusieurs blessés.
Au Bois du Mont Dieu, le III/67° RI doit faire face à de nombreuses patrouilles ennemies. Des infiltrations finissent par pénétrer dans nos positions. Une reconnaissance françaises tombe sur un groupe ennemi en sous-bois : attaque, corps à corps : l’ennemi laisse 30 morts sur le terrain. La compagnie voisine (Cne Fauqueux) doit également faire face à des éléments infiltrés qu’elle neutralise : 40 ennemis tués. Elle est aussi agressée par des tireurs juchés dans les arbres, vite décelés et abattus : 15 ennemis tombent morts.
Les informations qui arrivent au PC indiquent que l’ennemi abandonne ses positions dans les Bois de la Grande Côte ainsi qu’à l’Est du Pain de Sucre. De ce fait, l’heure de l’attaque est repoussée à 14h. Ce qu’on ne sait pas, c’est que le général Hube commandant la 16° ID a été prié de reprendre ses positions au plus vite par ses supérieurs hiérarchiques…
A 10h, la 7° Cie du 91° RI arrive au bois du Fay en renfort du 67° RI. Une partie est envoyée à Stonne en renfort, l’autre partie prend position sur la ligne d’arrêt (Gros Boul) et aux deux calvaires, au sommet de la route Grandes Armoises/La Berlière.

A midi, le 6° GRDI est remis à disposition de la 3° DIM en vue d’une attaque. Ils se regroupent aux lisières du Mont Dieu, autour de la ferme des Tuileries. Mais les mouvements sont repérés par le mouchard qui guide des tirs d’artillerie. Ils sont heureusement un peu courts et ne font que 2 blessés. L’unité est finalement regroupée au Bois des Terres Rouges à Belleville en réserve, sauf le 2° escadron (Cne de Rancourt) laissé à disposition du 91° RI pour la défense le canal des Ardennes.

Vers 14h, une attaque ennemie survient sur le Bois du Mont Dieu, dissimulée derrière des tirs de fumigènes. Des infiltrations ont lieu dans le bois de La Raillère. Vers 15h, le I/51° RI doit engager des combats sous bois et se reporte finalement sur le ruisseau du Grand Étang en liaison, à droite, avec le 67° RI. C’est aussi le moment de la relève du I/67° RI sous une chaleur accablante. Des officiers font halte au poste de secours situé sous le pont de l’Armoise où officie le commandant Millet. Amoncellement de blessés qui arrivent de partout, spectacle horrible, avec des corps en putréfaction car on n’a pas le temps de les enterrer totalement, atmosphère irrespirable.
Une attaque se prépare sur Stonne à partir du Gros Boul avec le III/51° RI, le III/67° RI, le II/91° RI appuyés par 5 chars B1bis de la 3° Cie du 49° BCC et 6 H 39 du 45° BCCGie.

A 14h, ils commencent à se déployer sur le plateau. Mais le mouchard a repéré les mouvements français qui annoncent une attaque. Il alerte sa hiérarchie qui déclenche aussitôt une attaque aérienne qui se prolonge et des tirs d’artillerie pendant 2 h. Ce déluge de tirs bloque le démarrage de l’attaque mais, au bout d’une heure, elle finit par démarrer.
Les chars B1bis avancent d’abord afin de détruire les nids de mitrailleuses et les antichars ennemis. Suivent les H 39 et l’infanterie. Le III/51° RI (9° et 11° Cies, la 10° restant en surveillance et en renfort au Gros Boul). Le II/91° RI venant de Tannay est attaqué par l’aviation au cours de son déplacement et ne peut atteindre le point de départ à l’heure fixée. Les attaquants sont l’objet de tirs ennemis venant de gauche, des lisières du Bois du Mont Dieu. Parvenues aux abords de Stonne, ces troupes sont à nouveau prises à partie par des tirs de flanc de l’artillerie ennemie venant des Bois de la Grande Côte. L’aviation survient aussi mitraillant les troupes au sol et lançant des bombes incendiaires sur les chars. Elle tourne au-dessus du champ de bataille en mitraillant également la vallée de La Berlière. La densité des tirs oblige nos fantassins, totalement à découvert, à s’abriter dans les trous d’obus ou de bombe disséminés dans les prés.
StonneLeVivier

A 16h, l’artillerie française intervient sur les Bois de la Grande Côte mais les tirs manquent de densité et s’avèrent assez inefficaces. Les chars français lancent des attaques sur Stonne, y pénètrent mais ne peuvent s’y maintenir.
A 18h les chars B1bis regagnent le point de départ au Gros Boul. Les H 39 permettent le ravitaillement de l’infanterie clouée au sol par les tirs.
A 19h10, l’infanterie demande le maintien des H 39 jusque la nuit.
A 19h20 débouche une contre-attaque allemande venant du Bois de la Grande Côte. Les H 39 reculent afin de permettre des tirs de l’artillerie française.
A 19h50, des pièces d’artillerie allemande placées devant l’Étang Fourchu tirent à vue sur les H 39, mais sans grand succès.
L’aviation pourchasse les chars partout où elle peut : l’un est atteint par une bombe dans le ravin de l’Armoise mais l’équipage est indemne. L’infanterie est ramenée au niveau du Gros Boul.
Les H 39 se replient également. Trois chars B1 bis viennent protéger ce repli. Le convoi arrive dans les Grandes Armoises en flammes, suite aux tirs d’artillerie et aux bombes ennemies. Les réservoirs sont vides, les munitions sont aux trois quarts consommées. Les blessés peuvent être évacués.
A 20h, le I/67° RI est en position entre Les Grandes Armoises et Sy. Les chars B1bis se replient au Bois du Fay (Grandes Armoises). Il se met à pleuvoir.
La nuit est assez calme et la pluie s’éloigne.

Dans le secteur du Mont Damion
A l’aube, un bataillon de Sénégalais du 5° RICMS relève le 3° RDP, à l’Est du Mont Damion.
Le II/67° RI subit l’intervention de blindés ennemis qui attaquent les positions de mitrailleuses faisant de nombreux tués et provoquant un certain décrochage. Trois avions interviennent en rase-mottes, mitraillant et lâchant des chapelets de grenades.
Sur les pentes, dans la forêt, la compagnie ne compte plus qu’une cinquantaine d’hommes et ne peut évacuer ses blessés. Les arbres sont hachés à deux mètres de haut donnant à la forêt un aspect sinistre. Une mitrailleuse et deux FM bloquent la progression ennemie. Le commandant de bataillon lance bien des appels à l’aide, mais la seule réponse qu’il reçoit est : TENIR !

Vers 9h, à bout de forces, les hommes se scindent en trois groupes. L’un décroche en rampant jusqu’à la cabane du cantonnier ; mais elle est déjà aux mains des Allemands et ils sont faits prisonniers. La route Stonne-La Berlière est sous le feu ennemi. En soirée, la brume monte du sol et facilite le repli des autres groupes qui, faisant de nombreux détours, parviennent à éviter les infiltrations ennemies limitées aux abords de la route.

Vers 10h30, le calme règne aux Cendrières. Cela permet de faire l’état des lieux. Une patrouille ramène 6 ou 7 prisonniers allemands qui sont dirigés vers l’arrière.

Vers 15h, côté Est, la 6° Cie du II/67° RI progresse sur Stonne afin de reprendre le Pain de Sucre qui domine la vallée des Cendrières et les pentes du Mont Damion. Elle parvient jusqu’au but et constate que Stonne est pratiquement désert. Mais elle est bien isolée et le mouchard veille.

Vers 17h30, un blindé ennemi monte la côte vers Stonne, suivi par des éléments d’infanterie. La 6° Cie les attaque à la grenade et au fusil. Mais à 19h, elle reçoit l’ordre de repli car tout appui et tout ravitaillement sont impossibles. Ce repli a lieu sans trop de pertes.

Changement de tactique

Au soir du 18 mai, le constat suivant est fait par les états-majors des unités allemandes engagées :
– Le régiment d’élite Grossdeutschland a été tenu en échec et a subi de lourdes pertes (déclarations permanentes du général von Schwerin lors des rencontres annuelles à Stonne).
– La X° Panzerdivision n’a pas réussi à percer le front de Stonne et a perdu de nombreux chars : 24 (voir Le mythe de la guerre-éclair de Karl-Heinz FRIESER, historien militaire allemand).
– Les unités de la 16° InfanterieDivision, notamment le 79° IR, ont subi un sanglant baptême du feu (50% de pertes au III° bataillon du 79° en un seul après-midi) et celles de la 24° ID devant le Mont Dieu n’ont rien réussi.

La cause est entendue : il faut changer de stratégie et mieux organiser la prochaine offensive.
Après analyse, réflexion, concertation, il est décidé de prévoir deux mouvements d’encerclement avec quatre points de concentration des unités (Schwerpunkt) : l’un pour encercler la Forêt du Mont Dieu et la 3° Division d’Infanterie ; l’autre pour encercler les Bois de Sommauthe et les troupes coloniales de la 6° Division d’Infanterie Coloniale. La jonction des deux mâchoires doit se faire pour l’un, au-dessus des Grandes Armoises, pour l’autre, au-dessus de Oches.
Le tout sera précédé par une préparation d’artillerie de grande envergure. Il faut donc, dans un premier temps, rassembler le maximum de batteries d’artillerie (la plus forte concentration d’artillerie de la campagne de France) et préparer d’importantes réserves de munitions.
Voilà pourquoi un calme relatif règnera sur le secteur entre le 19 et le 22 mai.

Manœuvres d'encerclement étudiées par les allemands au soir du 18 mai

Manœuvres d’encerclement étudiées par les allemands au soir du 18 mai

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