Ardennes 1940 à ceux qui ont résisté

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Témoignage du lieutenant Etienne LE GALL vétérinaire au 43° Régiment d'artillerie
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Pendant sa captivité (22 juin 1940 - 28 octobre 1940), Étienne Le Gall a rédigé ce texte (non daté - archives familiales) pour rétablir ce qu’il appelle « la vérité historique ».

Une mise au point


On s’inquiète dans les camps des prisonniers des Armées de l’Est d’un état d’esprit qui semble s’implanter en France, tendant à considérer comme des héros ceux qui ont pu se dégager tandis que ceux qui ont été faits prisonniers seraient des imbéciles ou des lâches.
Or c’est le contraire qui est la vérité historique, ceux qui ont fui (quelquefois par ordre, souvent par lâcheté) ont découvert de ce fait leurs camarades qui se sont battus jusqu’au bout, même encerclés, et qui n’ont été capturés qu’à bout de forces, de vivres et de munitions ; mais les absents ont toujours tort et les prisonniers ne sont pas là pour rétablir la vérité.

Les troupes qui ont pu arriver dans leur recul devant l’ennemi jusqu’à la zone non occupée doivent être souvent celles qui ont fui le plus vite en combattant le moins. D’après les renseignements fragmentaires reçus par les prisonniers, les camarades sur le sort desquels ils s’inquiétaient et qui ont fui jusqu’à l’intérieur sont glorifiés, même décorés, ce qui laisse entendre que le fait de s’échapper précipitamment du combat est une prime à l’honneur et non un acte justifiant sanction infamante.

Par contre le gouvernement se tait sur le sort des prisonniers de guerre ; ni un mot d’encouragement pour l’avenir, ni même une sollicitude quelconque pour les efforts passés. Rien sur leur libération. Aucun effort fait en vue d’améliorer leur situation matérielle (notamment, depuis le 22 juillet, les autorités militaires allemandes ont interdit jusqu’à nouvel ordre l’envoi par les prisonniers de toute correspondance).
Or, il faut le répéter bien haut, les troupes de l’armée de l’Est ont été placées dans une situation délicate par des ordres supérieurs (repli sur ordre à cause de l’effondrement du front de Champagne), ont été abandonnées à elles-mêmes et se sont battues avec héroïsme jusqu’à l’armistice. En ce qui concerne la IIe armée, les trois corps d’armée qui la composaient ont été abandonnés par le général commandant cette armée (général Freydenberg) et son état-major, qui n’a plus exercé de commandement réel depuis le début de la retraite exécutée par ordre. Il a fallu qu’un général de corps d’armée (général Flavigny) prît de sa propre initiative la responsabilité de la coordination des mouvements de ces trois corps d’armée.

Les troupes de ces trois corps d’armée qui, envoyées en haute Argonne, au sud de Sedan, pour arrêter l’ennemi, après franchissement de la Meuse le 13 mai, avaient exécuté cette mission au prix de contacts très durs, durant plusieurs semaines, se sont, durant la retraite aussi, dépensées sans compter et, malgré la perte des 4/5 de leur effectif, ont lutté jusqu’au bout sans jamais désespérer.
Si ces troupes sont aujourd’hui placées dans une situation qui paraît normalement ignominieuse (comme l’implique toujours le mot de prisonnier), c’est en raison des ordres supérieurs reçus.

Les prisonniers de guerre de l’armée de l’Est et de la IIe armée se réservent à leur retour de mettre hautement ces choses au point, de revendiquer dans la débâcle générale la part de gloire qui revient presque seulement à eux et de se présenter en accusateurs de certaines personnalités militaires.
Il y aurait intérêt à ce que le gouvernement, par la voie de la T.S.F. et de la presse, exprime devant tout le pays, à l’égard des prisonniers de guerre de ces armées, une attention qui ne devrait pas être neutre, mais au contraire pleine de reconnaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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