Discours du président Baudier au Mémorial de Stonne le 11 mai 2008 :


Je vous remercie tous d’avoir répondu à notre invitation et de rehausser par votre présence cette Journée de Mémoire que notre association ARDENNES 1940 à ceux qui ont résisté organise chaque année en collaboration directe avec la commune de STONNE, poursuivant les rencontres de vétérans français et allemands qui eurent lieu de 1962 à 1990..

L’un des objectifs de cette Journée de Mémoire est de mettre en lumière la résistance de l’armée française en mai et juin 1940, de gommer l’image caricaturale du soldat de 40, pur produit de la propagande servant diverses ambitions, méprisant la douleur des milliers de familles concernées.

Henri de Wailly, spécialiste de mai-juin 1940, vient de signer une page de tribune libre dans un récent numéro de la revue Histoire de Guerre où il analyse les origines de l’image consternante qui hante l’esprit de nombreux Français :
Un manque de communication en 1939-40, un manque d’information actualisée, un manque d’images côté français ; espionnite, maladie du secret dans l’armée, diffusion d’images périmées, interdiction des photos et des films, correspondants de guerre tenus à l’écart. On donnait de notre armée une image consternante.

Côté allemand, c’est le contraire : des flots d’images et de reportages qui inondent la presse, montrant du matériel moderne avec de jeunes soldats dynamiques, sportifs, bien équipés. Une section de Propagande - on dirait aujourd’hui de communication - dans chaque unité de la Wehrmacht qui photographie et filme à longueur de journée.
Voilà pourquoi l’essentiel des images qui nous sont parvenues sont de source allemande, glorifiant le soldat allemand et dévalorisant le soldat français !

De plus, avec l’État français qui succède à la République, Vichy culpabilise la France : vous avez ce que vous méritez ! et Londres accuse la France d’avoir signé un armistice honteux.
Ainsi de tous côtés, on couvre de honte la France, les Français et le soldat de 40, pris pour bouc émissaire. Martelée pendant 4 ans, reproduite pendant des décennies, cette image est restée dans les esprits.
Voilà l’analyse de Henri de Wailly qui ajoute : « Je pense à ces pauvres soldats accablés par les leurs, dont le souvenir fut trahi par les propagandes. »
Je partage son point de vue. Ces diverses formes de propagande ont écrasé les familles des tués et les survivants retenus cinq ans dans les Stalags et les Oflags, derrière les barbelés.

On sent heureusement poindre aujourd’hui une volonté de rétablir une vérité trop longtemps déformée ; diverses initiatives se manifestent notamment via notre site Internet : nous leur apportons notre soutien et notre aide ! Un des buts de cette Journée de Mémoire est d’affirmer que le soldat de 40 a rempli sa mission : il a barré la route à l’envahisseur pendant presqu’un mois, de la Chiers à l’Aisne et ici, à Stonne, il a tenu en échec, le Grossdeutschland, régiment d’élite de la Wehrmacht. Ce sont des faits incontestables. C’est tout à l’honneur du soldat de 40, tout à fait digne de ses prédécesseurs de l’Argonne ou d’ailleurs. Cette Journée de Mémoire veut aussi sensibiliser les jeunes qui ont la chance de ne pas connaître la guerre depuis plus de 60 ans..c’est une situation très nouvelle qui nous réjouit. Mais, abreuvés de films, d’émissions et de jeux de plus en plus irréels et violents, ils ne doivent pas oublier la réalité de la guerre, sa cruauté, ses conséquences. Ils vont vous en parler en lisant des témoignages venant de soldats français et allemands.

Christopher et Baptiste vous parlent du combat en forêt ( combats d’INOR) :


Les hommes avaient progressé pendant tout l’après-midi sans rencontrer la moindre résistance : le bois semblait désert.
C’est alors que l’enfer se déchaina et que les balles sifflèrent de tous côtés.
Des coups de feu innombrables éclataient à la cime des arbres et fouettaient le petit groupe de soldats allemands.
Les gerbes de feu sournoises les massacraient.Un seul réussit à en réchapper et raconta, les yeux horrifiés, ce qui s’était passé dans le bois de la Peur...
.....Boum ! boum ! boum ! claquent les coups de départ trop connus de la batterie française à tir accéléré.
Cela glapit, souffle et siffle sur toutes les tonalités. Saloperie ! Devant ! derrière !, parmi nous, surviennent les explosions.
Ça pue, ça fume, si bien qu’on ne peut plus voir l’homme devant soi quand on lève la tête rapidement au-dessus de l’abri, après une bordée.
Collés à la terre, nous devons rester là, étendus.
Les coups de départ continuent à tonner, là-bas et on les guette, entre le bruit des détonations et le sifflement et le gazouillement des éclats.
Est-ce que finalement je vais mourir ici ?
On peut à peine s’imaginer que l’on puisse encore sortir sain et sauf de ce déchaînement dévastateur....


Et près de ceux qui étaient morts sur le coup, nombreux étaient les blessés qui attendaient du secours.

Avec Chloé et Anaïs, c’est un blessé, secouru par l’adversaire, qui est emmené vers l’arrière ( extrait de DITES-LE LEUR Agapit).


Nous traversons STONNE en ruines.
Nous longeons des carcasses de camions, tordues par les flammes, des side-cars qui piquent leur panier dans la terre, des voitures hippomobiles couchées dans le fossé, auprès des chevaux morts.
Trois spahis sont agenouillés, la tête baissée jusqu’au sol, l’un derrière l’autre, comme s’ils avaient été frappés par la mort en faisant leur prière.
Des masses de ferraille dorment en plein champ. Restes de tanks. Monstres arrêtés dans leur course dévastatrice....
Parfois, allongé dans un fossé, le dos appuyé au talus, un cadavre nous regarde passer.
Je vois la peau noire du visage et la bouche tordue qui semble crier pour moi quelque chose.
Sans oser me retourner, je crois sentir fixés sur ma nuque les yeux du mort qui suivent ma course vers la vie.
De place en place, une croix de bois supporte un casque allemand.
Brutalement, comme on sort d’un cauchemar, nous laissons derrière nous le funèbre paysage.
Tout d’un coup, la voiture s’arrête. Cette secousse imprévue projette mon pied contre le blindage et le sang coule, goutte à goutte...

Dans cet enfer inhumain, des oiseaux continuent de lancer leur chant mélodieux..... Léa et Chloé vous en font part :


........Seules quelques mitrailleuses crépitent encore, puis se taisent à leur tour ; encore quelques coups de feu isolés avant le silence...
Un silence total, presque inquiétant. Et c’est dans ce silence que résonne alors, comme par enchantement, le chant tendre et mélodieux du rossignol, d’abord hésitant, puis sûr et clair.
Je ne sais pas si cela vous faisait de même, compagnons d’alors ? Toute tension disparaissait, toute agitation cessait.
Je ne ressentais plus que l’émotion suscitée à la pensée de l’irresponsabilité d’une vie d’animal.
Je me sentais alors transporté pendant un court instant dans un monde de paix ; des images surgissaient, ainsi que des souvenirs.
Mais c’est alors qu’un coup de feu déchirait de nouveau le silence ; un second suivait, un troisième, des mitrailleuses crépitaient et la fusillade reprenait de plus belle.
Et le bruit de la guerre grondait à nouveau dans la forêt d’Argonne...
S’il pouvait être encore là demain, le petit rossignol de la forêt d’Argonne !


Le chant de ces rossignols, c’était sans doute une supplique pour un retour à la Paix, la Paix que chante Paul Eluard dans un poème interprété par Dylan et Marina : LA PAIX


La paix a mis sa robe blanche
Pour survoler les continents,
Qu’il n’y ait plus d’Arromanches,
Ni de nouveaux bombardements.

La paix veut que dans les nations
Les hommes se donnent la main
Et qu’ainsi toutes les populations
La chantent aujourd’hui comme demain.

La paix engendre la fraternité
Pour qu’au cœur du monde entier
Elle s’instaure dans toute l’humanité.
Aussi, mettons la vite en chantier !


Paul ELUARD


Mais pour que les Hommes fassent la Paix, il faut davantage de tolérance, davantage de compréhension entre les Hommes, davantage de respect des Droits de l’Homme, chacun étant égal à son voisin, ce que vous dit Sandrine :
MON EGAL

Que tu sois noir
Que tu sois jaune
Que tu sois blanc
Que tu sois rouge,
Peu importe ta couleur !
Tu seras toujours mon égal !

Que tu vives en Europe,
Que tu vives en Afrique,
Que tu vives en Amérique,
Que tu vives en Océanie,
Peu importe ton pays !
Tu seras toujours mon égal !

Que tu sois grand,
Que tu sois petit,
Que tu sois gros,
Que tu sois maigre,
Peu importe tes formes !
Tu seras toujours mon égal !

Que tu sois riche,
Que tu sois pauvre,
Que tu sois très riche,
Que tu sois très pauvre,
Peu importe ta fortune,
Tu seras toujours mon égal !

Que tu sois chrétien,
Que tu sois juif,
Que tu sois protestant,
Que tu sois bouddhiste,
Peu importe ta religion !
Tu seras toujours mon égal !

Peu importe ce qui est à toi,
Ce qui importe est ce que tu es !
Tu es un Homme comme moi !



La démocratie a besoin d’hommes, cultivés, éduqués, réfléchissant au sens de leur vie, conscients des choix qu’ils sont amenés à faire, animés par les valeurs qui fondent la démocratie. Stacy et Alexis nous l’exposent avec un poème de Jean Illel.


FRATERNITE

Ne sommes-nous pas les enfants de la vie ?
Nos corps ne sont-ils pas nourris
D’un même sang,
Fruit de la terre et du ciel ?
Ce cœur qui bat dans nos poitrines
N’est-il pas le temple où souffle l’esprit ?
La vie trace des chemins qui mènent au bonheur ;
Pourquoi surcharger l’esprit, l’égarer ?
Simple est la voie qui mène
À l’émerveillement de la paix.
Le cœur est un vaste jardin
Qui invite à l’imaginaire ;
Ses arbres chargés de beaux fruits
Nous attendent !
Le temps de la fraternité est venu.


Jean ILLEL


Je suis fier d’avoir été un artisan de la Réconciliation dès 1960 et d’avoir accueilli en ces lieux des milliers de personnes qui avaient compris que la fraternité devait l’emporter sur la violence physique ou spirituelle.
Merci, les jeunes de nous apporter votre concours ! Je suis très heureux que vous soyez partie prenante dans notre journée de Mémoire car vous êtes un des éléments de l’avenir de notre pays, vous êtes les citoyens de demain ! c’est une importante responsabilité !

Je vous remercie de votre attention.


Michel BAUDIER


 

10 avril 2008 : ACCUEIL d’un groupe de CRÈS ( banlieue de Montpellier): collégiens avec enseignants, élus et responsables d’associations ( par un temps gris et froid).

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